samedi 11 juin 2011

J'ai trop de chapeaux

Tic !
Sans tac
Un peu toc
Je tourne
La batterie gronde
Sous mes doigts
Plus rien
Vide
Je ne suis pas libre

Tac !
Une flèche,
Pas au cœur
Quatre-vingt-dix ans,
Je chasse
Je me sens bien
Un peu trop
Cupidon revient
Et me soutient
Me fait sombrer
Je peux le garder ?

Bonjour Tom !
Comment ça ?
C’est Hymnie ?
Non plus ?
Maners ?
Comment ça ?
Docteur ?
Pourquoi ?
Je me sens bien !

Rien
Père-sœur
Gauche-droite
Ami-inconnu
Docteur-sœur
Rire-deuil
Quelle différence
Quelle importance

Tic !
Sourire
Larmes
Voisin
Joie
Colère
Et moi ?
Où suis-je dans tout ça ?


(la "suite" de J'ai perdu mon chapeau)


L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau m'a inspiré ce premier poème. Les cas représentés ici viennent du livre, avec :
- Le premier, Ray, souffre du syndrome de Tourette. Il ne trouve pas de travail à cause de sa maladie, mais le week-end il est un as de la batterie, en partie à cause de son syndrome. Sur les conseils du docteur Sacks, il prend de l'haldol et ses symptômes disparaissent, mais aussi son don pour la batterie. (la conclusion est qu'il finit par en prendre la semaine, mais pas le week-end, sauf qu'il dit lui-même qu'il ne sent pas libre)
- Natascha est une ancienne prostituée. Plus de soixante-dix ans plus tard, la "maladie de Cupidon" (syphilis) revient. Elle se sent bien, un peu "fo-folle", elle sort, s'amuse... Et ne veut pas guérir tout à fait, garder cette "pêche", ne plus rester une petite vieille.
- Monsieur Thompson est aussi atteint du syndrome de Korsakov (voir Jimmie dans le premier poème), sauf qu'il compense son oublie en inventant, sans cesse.
- "Madame B." est une "drôle" de fille, facétieuse... Un peu trop. Rien ne compte pour elle. "Rien ne signifie rien."
- Le dernier cas a été observé dans la rue, un nouveau syndrome de Tourette, mais ici, la dame atteinte mimait tous les gens qu'elle croisait, engrangeait leurs tics. Au bout de quelques mètres et plus de cinquante personne, elle tourne dans une ruelle et "vomit" tous les personnages qu'elle a copiés en reproduisant, en quelques secondes, tous ces personnages...

samedi 4 juin 2011

J'ai perdu mon chapeau

Je tourne,
J'ai oublié
Est-ce une rose ?
J'entends,
C'est Mozart !
Est-ce toi ?
J'ai oublié
Comment voir

J'oublie que
J'ai oublié
Mon frère est si
VIEUX !
Il n'a pas vingt,
En fait quarante
J'oublie,
Je tombe
Dans le passé

J'ai oublié
Comment marcher
Est-ce ma voix ?
Chose inerte
Est-ce mon corps ?
Enveloppe débile
Je tombe
J'ai oublié
Comment me relever

J'ai oublié,
Je tourne et
Tombe
Chose morte
Dans mon lit !
Je la lance
Et tombe
Ma jambe ?

Je n'ai jamais su
"Pâte à tarte !"
Inutiles !
Qu'est-ce ?
Des mains ?
Tâtonne
Découvre
Bébé à soixante ans.

Je tourne
Tourne
Encore un quart !
Tourne, tourne
Mais il manque
Comment ça ?
Je ne vois pas !
Je ne tourne pas !
Ma gauche s'est oubliée

J'ai oublié
Les mots
J'entends
Sans comprendre
La voix virevolte
Dans les mensonges,
S'écrase avec la peine
Mais sans comprendre


L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau m'a inspiré ce premier poème. Les cas représentés ici viennent du livre, avec :
- Le Docteur P. est un grand musicien, mais ne reconnait ni les gens ni les choses. Il peut les identifier par des détails, tout comme il peut prendre sa femme pour un chapeau.
- Jimmie est victime du syndrome de Korsakov. Depuis 1945, il n'a plus aucun souvenir, il oublie tout ce qui se passe au fur et à mesure.
- Christina est une femme active, intelligente. Pour une opération bénigne, elle entre à l'hopital. Elle y restera un an car elle a perdu sa proprio-perception, elle se sent "désincarnée", ne peut marcher que si elle se regarde.
- Un patient dans son lit d'hôpital a trouvé une jambe morte et froide, sinistre farce ? Non, la sienne qu'il ne sent plus, ne reconnait plus.
- Madeleine, aveugle, a toujours été choyée. Ses mains sont comme des morceaux de pâte à tarte au bout de ses bras. A soixante ans au lieu de quelques mois, elle va apprendre à s'en servir
- Madame S. a perdu le sens de la gauche. Elle ne se maquille que le côté droit, elle doit tourner, tourner et encore tourner pour vider son assiette, et encore, il en reste. Mais c'est à gauche, elle ne le voit pas
- Les patients atteints d'aphasie ne comprennent plus le sens des mots, mais toujours le ton et les expressions faciales. Ils savent très bien quand on leur ment.