lundi 11 février 2013

La légende des trois lunes


À l’aube du monde, les Dieux arpentaient encore la Terre, les Six et les autres. Dans le but de prévenir les troubles, Eïna la Juste établit les Règles des Dieux et des Leurs, dont les Vifs seront à jamais exclus. Parmi ces lois, elle interdit aux Dieux comme aux Déesses de tuer ou de violenter les Serviteurs d’autres divinités, car leur esprit et leur corps étaient consacrés au service divin. Par leur biais, on pouvait louer mais aussi offenser leur divin patron. Des siècles et des siècles se déroulèrent en paix tandis que prêtres et prêtresses servaient avec dévouement dans les temples saints.
Pourtant, un soir où les prêtresses d’Eana se livraient à leurs offrandes, Arin vint sur le pas du temps et les vit nues. Leur peau brillait sous les étoiles car les Lunes n’existaient pas encore, mais bientôt, elles exposeraient leur face maudite à la vue des Vifs. Le Dieu était connu de toutes les femmes vives de la création pour son ardeur, mais il n’avait jamais osé transgresser les Lois. Mais attiré par le piment de la chose… 
Cette nuit donc, Arin s’avança parmi les corps drogués des eanites, inconscientes de la transgression des Lois dont était victime le temple. La grande prêtresse gisait sur l’autel. Ses yeux révulsés par la transe fixaient un autre monde et elle ne se doutait de rien malgré son pouvoir. À ses côtés, deux novices s’apprêtaient à être intronisées par la Déesse durant la nuit, frêles jeunes filles. En ce lieu sacré, pendant une cérémonie de la plus haute importance, Arin transgressa les Lois et prit possession des trois humaines. Ses pouvoirs inondaient leurs esprits de rêves pour les maintenir endormies tandis que son corps les emplissait de semence.
Quand il entendit Eana arriver pour bénir ses fidèles, Arin s’enfuit aussitôt, ne laissant derrière lui que songes charmeurs et coupables. Même sa divine sœur ne se rendit compte de rien sur l’instant. Il fallut attendre le jour où les trois prêtresses constatèrent l’absence de leur flux de femme pour qu’elles comprennent la réalité des onirismes envoyés cette nuit-là. Horrifiée, elles se rendirent auprès de leur Déesse pour implorer son pardon, mais il n’appartenait qu’à Eïna la Juste de l’accorder. Eana les dépêcha donc auprès d’elle, simulant de ne point les accompagner. Cependant, elle connaissait la jalousie maladive de sa sœur et savait quelles rudes punitions elle risquait d’infliger à ses prêtresses dont l’innocence ne transparaissait en rien dans leurs pensées. Le poison de culpabilité d’Arin avait fait son œuvre.
Agenouillées devant Eïna, elles ne dirent mot car le tribunal des dieux se déroule en esprit. Ceux des trois femmes furent fouillés à la recherche de la vérité, mais Eïna ne trouva que désir et remords. Devenue furie, la Déesse les maudit. Elle les condamna à dévorer leur enfant après les douleurs de l’accouchement, mais ne s’arrêta pas là. L’enfant devrait se reloger dans leur matrice dévastée pour renaître de nouveau, et être mangé encore et encore. Eïna décréta qu’il en serait ainsi jusqu’à la fin du monde. Alors qu’elle se préparait à continuer la liste de leurs supplices, Eana se dressa et enveloppa ses fidèles de sa protection nocturne. Pour les soustraire à la folie de sa sœur, elle les porta avec douceur dans son domaine céleste où elles pourraient purger leur peine en paix. Ainsi, chaque mois, elles dévorent leur ventre rond avant qu’il ne se remplisse de nouveau et la protection d’Eana illumine le monde.
Une fois apaisée par sa sœur, Eïna comprit sa faute mais ne put défaire le mal. Eana la convainquit de se défaire de son amant et de le punir car il avait enfreint les Lois plus durement que ses trois fidèles. L’Injuste fit appeler son frère devant elle et il vint, confiant et enjôleur. Son sourire mielleux mit Eïna en rage car elle savait à présent que chacun de ses masques venait la cajoler après une nouvelle tromperie. Elle le somma de rendre compte de ses actes et ordonna qu’on le prive sa virilité tout entière. 
Lorsqu’Arin la supplia au nom de leur amour, elle en fut émue et consentit à ce qu’on lui épargne la verge mais resta intransigeante pour sa castration. Les serviteurs de la Justice placèrent les génitoires dans une boite de bois plombé, où le pouvoir du Dieu ne pourrait jamais les atteindre : tout comme celle des prêtresses, sa punition serait éternelle

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