dimanche 21 juillet 2013

Les 24 heures de la nouvelle : La fête de l'homme mort


Et voilà le petit texte absurde pondu en quelques heures cette nuit. Soyez indulgents, l'idée était de s'amuser ! D'autres nouvelles sur : 24hdelanouvelle.org
A côté, je travaille toujours sur mes textes *sérieux*... alors maintenant, le résultat de cette pause :  

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D’une main distraite, je lisse le col raide de ma chemise. Le nœud papillon m’étouffe, il coince la touffeur de la ville dans ma gorge. Fringué comme pour un mariage, comme pour le mien en fait, et même pas une soirée où boire un coup. Les rues sont sacrément mortes, surtout pour un vendredi soir. Mes pas s’égarent dans les halos des lampadaires, suivent les lignes des pavés. Ils m’ont éloigné des bars, j’ignore encore pourquoi. Je leur fais confiance. C’est grâce à eux que je débusque des donzelles : ils me mènent à elles, dansent un peu pour moi, et hop. Pas ce soir on dirait.
Obscures, les vitrines des magasins semblent appartenir au Quartier Rouge ; les mannequins de plastique prennent la pose derrière le verre.
Soudain ! Derrière moi. Claquent les dents ! Claquent les genoux ! Les os trottent sur le trottoir. Un ricanement étouffé monte d’une gorge absente. Humhumhum. Claquent claquent ! Une main se pose sur mon épaule. Squelettique. Les doigts à nu jouent des claquettes sur ma clavicule.
« Hey ! Tu t’inquiètes trop ! »
Voix d’outre-tombe. Elle ne sort ni d’une bouche ni d’un corps, elle sonne, résonne entre les omoplates, encagée par les côtes.
« Tu te rends triste tout seul, à errer comme ça. Tu peux pas changer le destin, et alors ? Te sens pas si mal ! »
Je me retourne. Le crâne du squelette sourit. Comment sa mâchoire peut tenir ? Sa main amicale me tapote de nouveau l’épaule, alors le brave homme la récupère.
« Tu devrais t’amuser tant que tu peux. Personne ne vit pour toujours après tout ! »
Je crois qu’il essaye de me faire un clin d’œil. Je le sais car c’est le genre de signe qui accompagne les bières, comme celle qu’il me tend.
« Rejoins-nous, on fait la fête sous la pleine lune. C’est l’heure du loup. »
J’accepte l’invitation et la bouteille.

L’entrée du cimetière est gardée par deux cerbères. Au sens propre. Leurs six têtes se penchent vers moi, six haleines alourdies d’une puanteur de charogne, de graillon et d’alcool fort. Des molosses buveurs de whisky ?
Mon cadavrade de beuverie les salue d’un claquement de doigts et passe sous leurs truffes ; alors que je m’avance, les chiens m’arrêtent, une patte en travers du chemin.
« Faut laisser le corps et l’âme à l’entrée. »
Quoi ? J’écarte les bras, recule le menton d’un air offusqué.
« Hé les mecs, enfin, les clébards, si j’enlève mon corps, et que je laisse mon âme par-là, il me reste quoi ? »
Sur le seuil, mon squelette lance :
« L’esprit voyons. Le tien est assez fort pour entrer seul. Allez, n’aie pas peur, il n’y a rien à craindre. Tout le monde rentre après tout. »
Nouvel essai de clin d’œil. Il a raison en plus. Deux jolies jumelles se pointent – dans le genre beautés vampiriques : pâles aux cheveux noirs – saluent les videurs et… ma bouche bée. Leur enveloppe vient de tomber à terre, comme une robe d’été qu’on laisse glisser sur sa peau jusqu’au sol. Dans l’air s’envolent leurs rires devant ma mine stupéfaite. Et ça y est, les voilà de l’autre côté, évanescentes, à m’adresser des signes aguicheurs, à m’inciter à venir.
J’aurais voulu pouvoir dire que j’ai réussi seul, mais il a fallu qu’un enfant me donne un coup de main. Le petit frère des deux beautés les accompagnait ; seulement un gamin qu’on le traînait déjà en ce genre d’endroits ? Non, en réalité il était plus âgé qu’elles.
« Le truc, c’est de se détendre. De s’imaginer complètement autre chose. De se façonner, tu vois ?
— Genre ?
— Genre… je suis le petit Chaperon Bleu, ou le beau au bois travaillant, Cendrillon sous couverture ! »
Son discours ne m’aidait pas trop, mais j’ai tenté le coup quand même. Je suis le Morse ! Et c’était pas si dur que ça finalement. L’impression d’ôter ma veste de smoking ne me lâche pas. Ni le nœud pap ni l’alliance dans la poche ne peuvent me retenir. Par contre, aucune défense ne m’a poussé dans la gencive, pas de kilos en sus non plus !

Et en un rien de temps, je me retrouve de l’autre côté. Mon copain squelette me donne un verre de vodka – même si le goût arrache bien plus – et m’entraîne vers une tombe où dansent des minettes. Femmes à tête de chat, leurs dents brillent sur leurs babines. Dans le caveau voisin dorment des reptiles et des samouraïs, tendrement enlacés dans une bagarre sans merci.
Adossée à une croix, une silhouette encapuchonnée fixe le fond de son verre. Après un échange de regards avec mon noceur, je me dirige vers elle. Des pleurs étranges s’échappent du tissu noir, très immatériels et pourtant, indéniablement féminins. Un nouveau gobelet est apparu dans ma main, je m’empresse de lui offrir avec un grand sourire :
« Allons, ne pleurez pas, on est là pour faire la fête, non ? »
Elle renifle, s’étrangle dans un petit rire. De la capuche sort une voix très douce, cristalline. Affûtée en fait, mais aussi délicate que le fil d’une épée.
« Oui, vous avez raison, je ne voudrais pas tout gâcher… »
Et pleure de plus belle. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée de l’approcher. Mais maintenant que j’y suis…
« Et qu’est-ce qui pourrait chagriner une… heu… si jolie fille ? »
Cette fois, elle éclate de rire au milieu de ses larmes.
« Vous n’avez même pas vu mon visage, charmeur. »
Sa voix se fait onctueuse.
« Si votre plumage se rapporte à votre ramage… »
Je m’appuie d’une main sur le granit, le bras si proche de sa tête, ma bouche de plus en plus proche de son oreille. Elle ne cherche pas à s’esquiver.
« Alors ?
— C’est mon boulot, j’en peux vraiment plus. Je suis venue ici car au moins, j’ai pas à gérer les gens, ils entrent là de leur plein gré mais d’habitude, c’est… usant. Ils résistent, luttent, m’insultent… Pour vous dire, avant-hier une mamie de quatre-vingts ans a essayé de me tabasser avec son sac à main ! Elle voulait même pas le lâcher en plus. »
Je lui tends un nouveau verre. Dingue la vitesse à la laquelle elle a vidé le premier.
« Ouais, j’imagine, pas facile comme métier. Je comprends, je suis huissier, et les gens veulent rien me céder. Tenez, ma fiancée a même pas voulu me donner sa main !
— Pourtant, une main reste un meilleur choix qu’un pied. »
Le silence s’installe une seconde avant que l’hilarité nous gagne. Moi soulagé de pas avoir plombé l’ambiance avec mon non-mariage, et elle que son humour soit presque bien perçu.
« Mais pourquoi vous laissez pas tomber ce boulot ?
— Les gens comptent sur moi… Je peux vraiment pas.
— Même pas un petit congé ? »
Elle secoue la tête.
« Alors dites-vous que si vous ne vous reposez pas, vous allez saboter votre travail.
— En fait si, aujourd’hui j’ai pas bossé. C’était trop dur de se lever pour aller faire ce boulot.
— Alors, je peux vous persuader de le laisser juste encore une journée ? J’habite à trois rues d’ici et j’ai un super placard à alcools. »
Elle relève le visage et, d’une main fine, laisse tomber sa capuche sur ses épaules. Magnifique. Ciselée dans un acier des dieux, avec des yeux comme des pierres précieuses : froide et captivante. Ses doigts se glissent dans ma nuque, m’attirent vers ses lèvres.
« Juste une journée. Ça marche. »
Elle m’embrasse et m’embrase.

Alors qu’on s’apprête à partir, je note un bout de bois appuyé contre la stèle.
« C’est à toi ? lui demandé-je avec un signe de tête.
— Ouais, mais laisse, ça fait partie du job. »
Elle donne un petit coup de pied négligent dans le manche et celui-ci tombe dans un drôle de tintement métallique.
« La faux entrait pas dans l’enceinte de l’établissement, explique-t-elle avec un haussement d’épaules. On y va ? »


(The Mystic Knights of) Oingo Boingo
Dead man’s party
No ones live forever
Reptiles & Samouraïs
Cinderella Undercover
I am the Walrus
Just Another Day
Nothing to Fear
Only a Lad

dimanche 14 juillet 2013

Les 24 heures de la nouvelle

Salutations !

Petite pause dans le CampNanowrimo (sur lequel je sèche faute de temps), les 24 heures de la Nouvelle commenceront samedi prochain, le 20, jusqu'au dimanche. 24 heures d'écriture pour rendre une nouvelle selon une contrainte tirée au sort.

Pour vous inscrire, soumettre une contrainte et rencontrer les participants, voici l'adresse du blog :
http://24hdelanouvelle.org/
L'événement dispose également d'une page Facebook, d'un forum et d'un chan IRC !

En espérant vous y voir,

Nariel