mardi 15 avril 2014

Histoire de l'usage antique et médiéval des matériaux : le bois, la pierre et l'argile

LA PIERRE

On utilise principalement la pierre locale, souvent des calcaires, pour des raisons évidentes de pratique et économiques. Les pierres importées sont alors réservées pour les parties nobles de l’architecture, ou pour de grands bâtiments importants.
On divise les pierres en deux catégories : les pierres tendres, comme le calcaire, et les pierres dures comme le marbre. On en rajoute parfois une troisième, difficilement malléable, les pierres froides, tel le granit.
On trouve par exemple à Pompéi du tuf, de la lave, tandis qu’à Rome, on aura également du tuf volcanique (qui durcir à l’air), et du travertin.
Le marbre, lors de sa formation, a subi une forte chaleur et une forte pression, c’est donc une pierre qu’on ne trouve que dans les chaînes montagneuses.
Le marbre blanc des Pyrénées se trouve à Saint-Béat, Mérignac, Sost et Anguenos. C’est avec ce marbre qu’a été édifié le trophée de Saint-Bertrand-de-Comminges. 
Sarcophage de la première moitié du Ve siècle situé dans la crypte de l'abbaye de Saint-Victor à Marseille. En marbre de Saint-Béat.
Source : 
Robert Valette


Les marbres blancs des Alpes sont importés depuis Carrare et du Pentélique (sud d’Athènes). On en trouve également dans les îles de la mer Égée et celles de Paros et Nexo.
Les marbres de couleur viennent :
Des carrières d’Aubert (Ariège, Salat) : on l’appelle le Grand Antique d’Aubert, il a un ciment blanc et très larges veines noires.
Marbre grand antique d'Aubert
Source : http://www.museesbagneres.fr/

On trouve le marbre griotte, à la surface recouverte de petits cercles en forme d’amande. On le trouve vert ou rouge, principalement originaire de Saint de Marie de Campan, voire de Cierp pour le rouge.
Marbre griotte rouge de Félines dite œil de perdrix Félines-Minervois
Source : http://www.museesbagneres.fr/

La brèche de Lez, avec des fragments angulés cimentés par des sédiments d’une couleur jaune ou rose pâle. Le jaune peut remplacer le chemtou lorsque l’on manque de moyens.
Ce dernier, le chemtou est un marbre jaune de Tunisie, aussi appelé « jaune antique » (giallo antico).
Marbre antique chemtou
Source : Daniela Heller

Le pavonazzetto vient de Phrygie mineure, et il est très rare, à tel point qu’il en devient très cher. On le retrouve surtout dans les maisons impériales.
Buste en marbre Pavonazzetto, Musées du Capitole
Source : 
Jean-Pol GRANDMONT

Le cipolin est un marbre blanc veiné de bleu ou vert, il vient d’Eubée.
Marbre cipolin
Source : Wikipedia Commons

Le granit vient du sud de l’Égypte, vers Assouan. Il est très difficile à exploiter et très dur à sculpter.
L'Obélisque inachevé, granit d'Assouan
Source : 
Gérard Ducher
Source : Claude Augé
Porphyre rose
Source : Wikipedia Commons

Le porphyre rouge/vert vient d’Égypte pour le premier, du mont Taygète. On le trouve également dans des villas plutôt aisées.






L’onyx ne se retrouve que dans de petits plaquages (opus sectile) et très rarement en sculpture.
Onyx
Source : Simon Eugster

On trouve également l’albâtre et le basalte.

L’extraction de la pierre

On utilise la smille pour extraire et dégrossir les pierres. On commence l’extraction par le havage, soit de profondes rainures qui délimitent la largeur et la hauteur du bloc à l’aide de la smille. L’on met en place des coins que l’on force à la masse pour finir de dégager le bloc ainsi délimité.
On trouve également de petites forges, et les outils qui vont avec, pour un entretien fréquent des outils de la carrière. Les blocs de pierre taillée extraits sont appelés parpaing, à l’époque romaine. On les transporte de manière classique avec des chariots à bœufs ou en pente à l’aide de glissières. Pour les plus lourds, on les encastre dans deux grandes roues.
L’épannelage consiste à dégrossir la pierre sur le chantier, comme le partage des blocs (à la scie, c’est plus long mais plus sûr ; avec des coins, c’est plus rapide mais demande plus de dextérité).
Outils à percussion lancée : masse, etc. Maniée par un homme seul, avec force, cela reste aisé et consiste en la première étape d’extraction et de dégrossissage. À percussion posée : ciseaux, poinçons…
Pour la roche tendre, on utilise le maillet et on frappe sur des ciseaux/poinçons à manche de bois (qui amortira le choc), tandis que pour les roches dures, on va privilégier la masse, ou massette, avec des ciseaux/poinçons sans manche.
Pour l’extraction, on utilise la smille, des marteaux « têtu » et « polka ». Les ciseaux servent à donner une forme à la pierre. On fore au trépan pour creuser des trous.

L’ARGILE

Il y a deux formes de construction avec l’argile : celles qui l’utilisent crue, et celles qui l’utilisent cuite. Elle est utilisée principalement en Orient et au Maghreb : là où il pleut peu et rarement.
Crue, on l’utilise pour les parois des maisons, de deux manières différentes : telle quelle, ou en briques. L’avantage de ces techniques est qu’elles sont peu coûteuses et rapides : les carrières sont fréquentes, et il suffit de la débarrasser des impuretés, de la laver puis de la fouler au pied pour la mélanger à l’eau et aux dégraissants, puis on la laisse reposer dans un bassin de décantation. Plus elle sera pure, de meilleure qualité elle sera, surtout cuite.
Si l’on ne mélange pas l’argile avec des dégraissants, sauf l’argile naturellement dégraissée (qui contient du sable, du quartz…), elle va sécher et se fissurer. Ces dégraissants sont végétaux et animaux (herbes, foins, crins), ou encore minéraux (sable, grains de quartz). L’argile ainsi obtenue est appelée torchis si c’est un dégraissant végétal/animal, et pisé si minéral (c’est le terme que l’on retient pour l’argile dégraissée, même si c’est du torchis).
On construit ensuite un coffrage en bois de l’épaisseur du mur que l’on désire puis l’on y verse l’argile, que l’on dame (avec un pison, à gauche) pour évacuer l’humidité et avoir une couche la plus dense possible. On fait ça par couche, de la hauteur des planches de bois du coffrage, et ces couches sont appelées branchées. Pour la brique crue, on place l’argile dans un cadre sans fond que l’on démoule, puis que l’on laisse sécher au soleil.
On peut consolider les structures de briques crues (ou adobe) par des poutres, pour former une structure à pans de bois.
Pour faire des briques cuites, il y a besoin d’un four. Les plus classiques et les plus simples ont une partie enterrée, qui contient une chambre de chauffe et un foyer. La partie au-dessus du sol, là où l’on met les briques à cuire, s’appelle le laboratoire. On peut également le trouver des deux côtés de la chambre de chauffe, reliés par des canaux nommés alandiers qui conduisent l’air chaud.
Une fois le chargement placé dans le(s) laboratoire(s), la porte est scellée. Lorsque la cuisson sera terminée, on la cassera. Le four est isolé au moyen de murs de briques pour conserver un maximum de chaleur, tandis que le sommet est percé d’ouvertures pour favoriser le tirage.
Il faut entre trois et sept jours pour cuire une production, et le four chauffe jusqu’à 800° dans la partie basse, tandis que dans la partie haute il fait 400° (et l’on jettera tout ce qui n’est pas assez cuit).
Suivant les époques, les briques (pas toutes) sont estampillées par le sceau du fabricant, et parfois même de la date du consul sous lequel elles ont été émises, le propriétaire de la carrière, le producteur, le lieu de destination, mais au quatrième siècle, on revient à la notation la plus simple : le fabriquant.


LE BOIS

On en retrouve des traces sous forme putréfiée ou carbonisée, mais le plus souvent, c’est sous la forme négative que l’on rencontre le bois : la plus fréquente est celle des trous de poteaux.
On utilise deux sortes d’essences : celles à croissance rapide, comme le sapin ou le peuplier, mais comme ils sont peu résistants, on les emploie dans des constructions provisoires tel que le coffrage. Pour les ouvrages plus résistants tels que la charpente, les pans de bois, on utilisera du chêne ou du châtaignier. Ce sont ces mêmes charpentes que l’on conserve le plus longtemps, environ 500 ans, tandis que du bois laissé au sol pourrira beaucoup plus vite, le chêne mettant dix ans pour se désagréger.
On a réussi à identifier les métiers du bois en partie par les fouilles, mais elles livrent peu d’outils (qui ont relativement peu changé jusqu’au début du 20e siècle). C’est surtout l’iconographie qui raconte des scènes communes (ou moins communes) et qui nous a livré ces métiers.
Il y a tout d’abord le bûcheron, qui se charge de l’abattage avec une hache (aussi appelée cognée ou ascia) pour les arbres de petit diamètre.
La tapisserie de Bayeux
Pour les troncs plus importants, ils utilisent la scie passe-partout, en complément de la hache et avec l’aide de coins (cales). L’abattage et l’ébranchage ont surtout lieu en hiver, pour que le bois soit moins gonflé par la sève. Pour ébrancher, on se sert d’un ébranchoir, tout d’abord avant, puis après l’abattage. Les petites branches sont sciées à l’aide d’une scie égoïne.
Une fois ébranché, l’arbre gardant son écorce est appelé grume. Il est traîné, porté ou flotté jusqu’à l’équarrisseur.
L’équarrisseur donne une forme aux grumes une fois qu’ils ont été transportés et durcis : soit par l’air, protégés, soit dans l’eau où le calcaire les renforcera. Selon l’utilisation que l’on compte en faire, ils sont laissés à sécher plus longtemps. Outre l’équarrisseur, il y a également les scieurs de long. L’équarrissage consiste à débiter la grume en billes (billae), mais selon l’usage de la bille, comme la transformation en planche, on utilise de nouveau la scie passe-partout, mais également la scie à cadre. 
On commence par l’écorçage des grumes, avec une hache d’équarrissage, puis à l’équarrissage lui-même où l’on donne une forme (plus ou moins parallélépipédique), que l’on peut débiter en planches. Dans ce cas-là, c’est le scieur de long qui s’en occupe, à l’aide de la scie à cadre.
Le charpentier, outre la charpente, fabrique les tenons et les mortaises, qui servent à faire tenir la structure. Il utilise le rabot et l’herminette. Les billes de bois sont également utilisées dans les maisons à pans de bois.

La scie passe-partout

Exposition "Outils des métiers d'antan", 2010, Caussou
La scie dite "passe-partout" servait à scier les grosses pièces de bois ainsi que les troncs d'arbre. Elle se maniait à deux et nécessitait une grande synchronisation : chacun devait tirer à son tour, sans jamais pousser, auquel cas la scie se tordait et l'on n'avançait pas, ou pire, elle pouvait se casser.Les rabots

Exposition "Outils des métiers d'antan", 2010, Caussou
La varlope est un rabot de dégrossissage (ci-dessus), qui sert pour les grandes planches, les gros travaux.
Les autres rabots sont plus précis, servent pour les finitions. On trouve même des rabots à moulures, qui servent à sculpter le bois dans la même forme, en décoration :

(détail)

Les autres outils du bois
("Outils des métiers d'antan" 2010, Caussou)
On trouve ici : (de haut en bas, de gauche à droite) : Une vrille à bois, qui sert à percer le bois, une "sauterelle" et une équerre, qui servent toutes deux à la mesure d'angle.
En-dessous, une scie à bois, divers ciseaux qui permettent d'entailler le bois, une lime qui sert à le lisser.

Le trusquin sert lui à tracer des lignes parallèles, pour le menuisier ou l'ébéniste.

Sources : Université Toulouse II le Mirail, E. Boube et Exposition Outils et métiers d'Antan.

vendredi 4 avril 2014

Poterie et céramique


Salutations !

Comme en ce moment, je n'ai ni le temps ni le contenu pour rédiger des articles, je me suis dit que quelques petits articles archéologiques vous intéresseraient peut-être. Du coup, je déménagerai petit à petit le contenu d'un ancien blog (Vie d'Antan) sur celui-ci. La plupart sont issus de mes recherches ou de mes cours (et là, j'aurais pas de bibliographie à vous présenter...) J'espère qu'ils vous plairont, voire vous seront utiles !

Les argiles calcaires ont un toucher plutôt doux, presque savonneuxon s'en sert pour les vases à liquides. C’est avec cette argile que l’on fabrique les premières faïences.
De l’autre côté, l’argile siliceuse qui donnent des poteries plus rêches et grenues.
Les argiles kaolinitiques sont très blanches, utilisées pour la fabrication des porcelaines.

Après extraction, on fait sécher l'argile (séchage), on la concasse puis éventuellement on la tamise. Suivent le trempage et délayage, voire la décantation dans le but de purifier encore l’argile. Vient après le moment de la faire ressuer, puis on la laisse au repos (faire pourrir) pour la rendre plus malléable.
Ensuite : pétrissage ou marchage (où l’on peut rajouter des dégraissants), puis battre à la main.
Ce n’est qu’ensuite qu’elle est façonnée, selon plusieurs techniques :
Le modelage : creusement d’une balle, ou pilonnage dans une forme concave, ou moulage sur une forme convexe, façonnage à la plaque, façonnage aux colombins.
Le tournage : apparition vers l’Âge du Fer ; usage de la force centrifuge dans le but de donner une forme. Il existe différents types de tours :
  • tour à main : volants d’inertie sont les premiers utilisées ;
  • tour au bâton : le volant d’inertie a la forme d’une roue, actionné par le bâton du potier. Souvent placé plus bas, cela laisse plus de place au potier.
Le moulage : moules bivalves (très utilisé pour les lampes)
Association du moulage et du tournage : des moules décorés sont fixés sur un tour
Les finitions et les décors ne sont pas toujours recherchés :
  • le lissage, où le potier ne fait que passer la main ;
  • polissage ou lustrage, une fois le vase séché, le potier passe avec une pierre ou un os, dans le but d’aligner les feuillets d’argile ;
  • décors imprimés, on utilise des poinçons, des roulettes, bref, on imprime un décor sur la surface du vase ;
  • décors incisés ou excisés,
  • décors barbotinés : argile liquide/fluide, très grasse, elle peut être utilisée pour rajouter des décors

Les revêtements :
  • Les engobes : revêtement argileux
  • Les vernis grésés : imperméable et diminue le point de fusion
  • Les peintures : pigments, base minérale ou organique
  • Les glaçures plombifères : vitrification
La sigillée, poterie très prisée par les spécialistes de l'Antiquité, est enduite d'un vernis gresé, cuite en atmosphère oxydante.

La cuisson :
  • Primitives : en tas, en enceinte, en fosse : beaucoup de pertes et de déchets ;
  • Les fours : début vers l’Âge du Fer, cela évite aux vases d’être au contact direct du feu. Le four à flamme nue est le plus courant dans l’antiquité.
  • Four à un volume et tirage vertical
  • Four à deux volumes ou à sole : les céramiques sont placées dans la laboratoire, la sole est perforée pour laisser passer l’appel d’air
    • Four à tubulure ou four à sigillée
      Four à tubulure ou four à sigillée
  • Four à tubulure : la sole n’est plus perforée, on utilise des tubulures, qui canalisent gaz de combustions et flammes.

Les atmosphères de cuisson :


Cuisson

Refroidissement
Pâte
Engobe
Vernis grésé
Fours
Mode À
réductrice
On ouvre
Oxydante
Rouge
Rouge
Noir
Flammes nues
Mode B
réductrice
On ferme
réductrice
Noir/gris
Noir
Noir
Flammes nues
Mode C
Oxydante

Oxydante
Rouge
Rouge
Rouge
Tubulures
Tableau des modes de Picon.


Sources des images :
Ars Cretariae (au passage, très bon blog sur archéologie de la céramique)
Article Wikipédia sur la sigillée

A bientôt pour d'autres aventures archéologiques,

Nariel Limbaear