jeudi 29 octobre 2015

La Mère des ondes et des crues - Timothée Rey

Rey Timotée, La mère des ondes et des crues, Montélimar : Les Moutons électriques, 2015


Malgré quelques petits défauts, j’ai beaucoup aimé ce deuxième tome des enquêtes du chaman détective, et j’espère qu’un troisième suivra bientôt. Ici, Collembole est impliqué personnellement dans l’enquête puisque son disciple est accusé de meurtre – et toutes les preuves sont contre lui. On apprend à mieux connaître Farouch par quelques extraits de son passé, et par là, on découvre d’autres aspects de Collembole.
L’écriture est toujours aussi fluide, enlevée, avec ses jeux de mots, ses inventions abracadabrantesques, un soin particulier aux détails de la vie quotidienne, bref tous les ingrédients qui m’ont fait aimer le tome un.
Je note deux petits regrets. Le premier sur la forme, où l’on glisse sans arrêt d’une troisième personne (il) à la première (je). C’est déséquilibré, pas tranché dans la forme, ça sonne parfois maladroit, les premières fois m’ont désorientée, mais bon, j’ai fait avec et l’on s’y habitue. Mais j’en viens à me demander pourquoi ce n’est pas tout simplement écrit à la première personne.
Le deuxième m’a tiré une moue sur une bonne partie de la fin du livre, et même si j’en comprends l’intérêt, j’ai trouvé le procédé artificiel : comme avec ce brave Holmes, l’enquêteur cache sciemment des choses non seulement aux gens qui l’entourent, mais aussi au lecteur. Une facilité pour maintenir le suspense et renforcer l’éclat des révélations (en plus, Collembole aime bien ce moment, ça peut se justifier), et ça marche, mais le principe n’est pas dans mes préférés.
Reste que malgré ces deux défauts, la lecture a été un grand plaisir et les dernières pages m’ont tenue en haleine (en plus de la moue)(ouais, c’était pas beau à voir).

Bref, si vous aimez Sherlock Holmes, si vous voulez un récit qui soit pas-vraiment-de-la-fantasy-mais-presque (l’Aurignacien n’est pas la période la mieux documentée, du coup la reconstitution de l’auteur rend bien, parfois avec des sources, parfois sans), du suspense, des personnages sympathiques et des galettes aux myrtilles, vous avez frappé à la bonne porte.

samedi 19 septembre 2015

Remember me - Dontnod Entertainment & Capcom (2013)


 
Jeu testé en difficulté Pirate en herbe. (Oui, un jeu vidéo, pas un livre, ça change !)

Nilin, terroriste du souvenir numérisé, est embastillée et privée de la plupart de ses souvenirs. Au moment de son incarcération, elle est contactée par un complice qui l’aide à s’échapper et lui promet de l’aider à retrouver ses souvenirs. Commence alors une double lutte, contre les privilégiés et contre ceux qui l’ont privée de sa mémoire.

Remember me m’avait vendu du rêve. Au scénario et aux dialogues, deux auteurs francophones de qualité, Alain Damasio et Stéphane Beauverger. J’attendais donc un jeu vidéo dont l’histoire et les personnages m’emporteraient dans un tourbillon sans pareil, et connaissant Damasio avec une critique sociétale poussée, et tant pis si le gameplay ne suivait pas, je pouvais m’y adapter.
Quelle erreur ! Quelle déception !
L’histoire, et les personnages ont été écrits comme pour un livre : de manière linéaire, et oh combien classique.
[spoiler]C’était dur de deviner qui était la mère de Nilin… seule personne « colorée » à part l’héroïne. Et puis Edge...[/spoiler]
Il en ressort quatre premiers épisodes (sur 8, suivez bien) plutôt ennuyeux, prévisibles, aux personnages assez absents, à peine effleurés et à la psychologie un peu simpliste (Olga… non en fait Olga ça s’étend à toute l’histoire). L’histoire gagne en force à la moitié du jeu, mais sans décoller vraiment, et sans réussir à développer une âme propre, une patte, un style particulier. Non, c’est une histoire de révolte contre le système parmi d’autres, avec une prison qui tue les esprits plutôt que les corps. Je fais l’impasse sur les incohérences et les vides laissés sans justification aucune…
La psychologie de Nilin est vaguement effleurée lors de réflexions intérieures en début d’épisode, souvent en rapport avec le précédent, mais de manière peu convaincante. Et ce n’est même pas la peine de parler des autres personnages… Heureusement, l’épisode 8 rattrape quelque peu les sept premiers en étoffant le passé et l’entourage de Nilin. Jusque-là, l’histoire individuelle manque singulièrement de sens (à comprendre, on ne sait même pas où l'histoire veut aller), Nilin se laisse porter, les enjeux ne sont pas rendus présents ou importants.
Certains dialogues tranchent par leurs envolées lyriques… mais de fait, on se demande un peu d’où ils sortent et ce qu’ils font là, faisant perdre le peu de naturel que les personnages avaient réussi à acquérir.
Par contre, l’univers aurait pu être vraiment sympathique (s’il avait été plus solide et plus étendu), il y a de belles choses, de bonnes idées (la salle avant le bureau de Charles, qui donne l’impression d’un monde en noir et blanc !), mais au final, il est très vide (androïdes, couloirs, youpi). Sur le plan philosophique et éthique, il y a aussi de bonnes choses qui sont soulevées : je trouve que c’est important, dans notre société où tout doit filer droit, que l’erreur est humaine, qu’elle est un droit, et qu’elle fait progresser si on ne se contente pas de l’oublier, mais aussi qu’il faut savoir pardonner les erreurs des autres.

Sur le plan gameplay, la progression pâtit de l’histoire : on se retrouve dans de longs tunnels aux techniques répétitives, alors que les possibilités étaient extraordinaires (mais bon, limitations techniques, ça peut se comprendre). Il suffit d’aller tout droit, de bien suivre les flèches pour escalader, de faire sans arrêt les mêmes actions…
Le piratage de souvenirs, un peu laborieux, procure des scènes intenses (hé mais pourquoi vous avez pas fait ça dans le reeeeeste du scénario ?) que l’on peut moduler, pas à volonté, mais suffisamment. Si l’on peut choisir l’issue du souvenir, seule une permettra de continuer l’histoire (il me semble), dommage. Très peu utilisé (sous utilisé ?), je trouve qu’il aurait mérité d’être un élément essentiel du gameplay.
 

Heureusement, les combats sont là pour vous réveiller, nerveux et énergiques (même s’ils souffrent parfois des aspects répétitifs/linéaires des techniques et du scénario). Les animations de Nilin sont fluides, assez belles, on se retrouve avec une Catwoman souple et élégante (même si, comme Catwoman, QU’EST-CE QU’ILS LUI ONT FOUTU DES TALONS !). Les combos sont plutôt fluides, et on peut élaborer des stratégies sympathiques dans les combats. 

 
Mais surtout, l’un des points très bien pensé des combats, c’est la musique : énergique et énergisante, elle grimpe en intensité, le rythme s’accélère au fur et à mesure du combat, et se brouille quand la santé baisse.

 


Certains boss sont vraiment jouissifs à combattre, parfois avec plusieurs phases de combat et donc autant de stratégies à déployer, redéployer, changer. Mon coup de cœur revient à Madame ¬– pas à sa psychologie hein –, qui même s’il reprend un classique du jeu vidéo (clones, QTE…), retransmet une bonne ambiance, une vivacité… que j’aurais aimé retrouver dans l’ensemble du jeu.




lundi 10 août 2015

Seuls les conteurs reviennent d'au-delà le désert de sel

Salutations !
Malgré mes résolutions de mener à bien les corrections de Valet de Songe avant d'entamer tout nouveau projet, j'ai failli ! J'ai finalement craqué et j'ai commencé à écrire mon nouveau roman, Seuls les conteurs reviennent d'au-delà le désert de sel.


Qu'est-ce que c'est, de quoi ça cause ?

Incapable de surmonter la mort de son épouse, le barde Luth entame un voyage à travers le désert de sable jusqu'à celui de sel, où dit-on erre la Mort. Il espère qu'elle lui rendra l'âme de sa femme. Durant son périple, il rencontrera Cendres, une sorcière chassée de sa communauté, à la recherche d'une solution pour lever la malédiction jetée par sa mère.

Oui, il y a un petit air d'histoire d'amour, mais pas que. C'est un voyage initiatique, mais pas forcément pour les adolescents, puis qu'il traite d'un thème qu'on peut vivre à tout âge, et que l'on apprend à surmonter à tout âge : le deuil.
J'espère aussi parler d'amour de l'autre, du rapport au corps, et un peu de famille, puisque Luth trimbale sur son dos la fille de sa défunte épouse. Bref, beaucoup de thèmes à aborder, et un projet très lent en perspective, fait pour réfléchir dans le désert, se poser et contempler les étoiles, les dunes. 

J'ai débuté un Pinterest pour cibler un peu l'ambiance, j'espère que ça vous plaira autant qu'à moi !

Un extrait ?

Je tente de me redresser contre le tapis de selle qui m’isole de la roche, sans succès, je retombe sur mes coudes. L’homme a dû voir mon essai car il relève le regard vers moi, avant de retourner à son enfant. Quand le bébé a fini de téter la gourde, son père le dépose dans son couffin de voyage avant de s’approcher humblement de moi, toujours visage voilé. Ses amulettes d’argent cliquètent sur sa tunique rouge, reflètent les flammes et les étoiles. Il s’agenouille à côté de ma paillasse. De la main qu’il ne voit pas, je caresse le manche de mon poignard : ma mère ne m’a pas maudit pour rien, elle avait de bonnes raisons de se défier des hommes. Mes muscles tendus sont prêts, au moindre mouvement je peux lui sauter dessus et l’égorger comme une chèvre. Pourtant, il se contente d’incliner le visage vers le sol, mains à plat sur le sable.
« Puis-je m’approcher et me dévoiler ? »
De nouveau cette voix chaude. Je hoche la tête, sans lâcher mon arme. À gestes lents, il repousse le bas de son tagelmust sous son menton, dévoilant un visage fin, si ce ne sont les pommettes marquées et un menton volontaire, où s’égarent les arabesques de ses tatouages. Ses pupilles noires sont deux puits dans le désert blanc de ses yeux. Je déglutis. L’absence de barbe m’interpelle. De la dizaine d’hommes qui m’a approchée, et de la moitié d’entre eux que j’ai tués sous l’influence du sortilège, une bonne partie portait une toison fournie sur le visage, et la plupart des autres tentaient de la faire pousser. Pas l’étranger en face de moi. De quelle tribu vient-il ?

Sur ce, je vous laisse, j'ai maintenant deux romans sur le feu !

Bonnes lectures,

Nariel Limbaear

samedi 27 juin 2015

Et les études ?

Salutations à tous !
Aujourd'hui, petit point pour résumer où j'en suis de ma formation en documentation technique/bibliothèques, parce qu'il s'est passé pleeeein de (très) bonnes choses cette semaine.

Tout d'abord, j'ai validé ma licence avec mention bien et un bon/beau mémoire de stage, rédigé suite à mon stage à la DRAC, au sein d'une équipe formidable.

Et en plus, au sein de moulages d'une centaine de crânes, yeah
Ensuite, j'ai passé mercredi deux entretiens, l'un pour un master en documentation et l'autre pour un job étudiant en bibliothèque (encore) et les deux se sont très bien passés et j'ai été prise ! (réponse rapide en plus)

Bref, très contente pour le coup ! 

Je dois réfléchir à mon sujet de mémoire pour l'an prochain (dont un sous le coude qui me botterait bien sur les jeux vidéo en bibliothèque), mais en dehors de ça, je suis libérée pour le mois de juillet pour enfin écrire, corriger, bouquiner.

J'en profite pour vous faire part de la publication d'un petit article que j'avais écrit sur la relation entre science et science-fiction, dans le Mots & Légendes n°9. Il n'est disponible qu'en numérique, mais la maquette est à tombée ! Toute l'équipe a fait un très bon travail et je les en remercie.
Pour le lire, c'est ici.



Alors bonnes vacances à ceux qui ont la chance d'en avoir et bon courage aux autres !

Nariel

mercredi 3 juin 2015

Pourquoi les jeux vidéo ont leur place en bibliothèque

Salutations !

Certains d'entre vous le savent, mais en plus de l'archéologie et de l'écriture, je sévis aussi en bibliothèque (surtout le week-end) et en documentation. Et donc aujourd'hui, je voulais partager avec vous un pan important de ma vie et de ma culture : les bibliothèques, et les jeux vidéo.

Bonne lecture !


Pourquoi les jeux vidéo ont leur place en bibliothèque

Ces temps-ci, les bibliothèques ouvrent leurs portes aux jeux vidéo. Cependant, de nombreux bibliothécaires contestent leur légitimité et ne les jugent bon qu’à attirer les jeunes vers la lecture, au mépris des qualités artistiques de ce nouveau support.

Les livres n’ont plus l’exclusivité des bibliothèques depuis plusieurs années. On y trouve des films, de la musique, des pièces de théâtre… et dorénavant des jeux vidéo. Pourtant, quand les joueurs se penchent sur la question, il est facile de voir que l’offre n’a pas le même prestige que les autres médias. En cause, des bibliothécaires qui ne comprennent pas les jeux vidéo, voire qui les honnissent, ne connaissant d’eux que les préjugés populaires, comme le fait qu’ils rendent violents ou abêtissent. Alors, pourquoi les forcer à en faire la promotion ?

Car ils sont également vus comme un moyen de faire venir des jeunes en bibliothèque, une catégorie de public qui déserte souvent les lieux, en espérant que les faire revenir les fera lire. Mais n’est-ce pas une double erreur ? De croire que ces jeunes vont venir pour autre chose que les jeux vidéo et de croire que les jeux vidéo ne peuvent servir que d’appât ?

Depuis plusieurs années, les films sont disponibles en bibliothèque, pour être prêtés ou visionnés sur place, car le cinéma est retenu comme l’un des arts majeurs. En effet, on y travaille le cadrage, l’histoire, les décors, le jeu d’acteurs… On peut aussi évoquer la réflexion, les critiques sociétales, et j’en passe. Autant d’aspects qui démontrent une recherche artistique, et qui anoblissent assez les films pour qu’ils aient leur place en bibliothèque, qu’ils y soient légitimes.

C’est ici où l’on touche la méconnaissance profonde de l’univers des jeux vidéo car eux aussi sont régis par la recherche scénaristique et artistique. Cet univers se limite pas aux plus grosses ventes, tout comme le cinéma ne se limite pas aux superproductions. Il faut savoir prendre en compte des jeux méconnus du grand public – même si parfois cultes – qui font appel à l’intelligence du joueur, à sa dextérité, ou encore qui gagnent leur place grâce à la beauté de leur mise en scène, de leurs musiques ou de leurs histoires.

Même sans parler d’un aspect artistique, on ne peut nier le pan de la culture qu’il représente désormais. D’ailleurs, tout comme il y a de mauvais films, ou des films « passables », mais qui font rire, qui font aussi partie de la culture générale (parfois pour notre malheur, mais soit !), tous les jeux ne revendiquent pas une touche créative. Beaucoup sont également créés pour partager des moments conviviaux. Il y a peu, là où je travaille les week-ends, un jeune garçon est venu jouer seul à un jeu multi-joueurs (Super Smash Bross Brawl pour ne pas le citer). L’intérêt de ce type de jeu est vite limité seul, et n’ayant pas le temps de jouer avec les usages, à mon grand dam, j’ai incité la mère du jeune homme à jouer avec lui. Et ravie de constater qu’ils se sont amusés tous les deux (grâce à la grande Sacro Sainte Technique de « j’appuie sur tous les boutons »).

Je ne suis pas une grande fan des jeux du genre Fifa, pourtant je ne peux nier l’aspect social qu’il véhicule : certains viennent seuls mais acceptent volontiers que des inconnus se joignent à leur partie. Et la bibliothèque n’est-elle pas un lieu de socialisation autant que de culture ? D’art et de loisirs ? Alors laissez une place à nos jeux vidéo !

« Gaming » par Victor El Andoba

dimanche 10 mai 2015

Les riches heures de Nô

Salutations,

Cette année, les 24 heures de la nouvelle se déroulent aujourd'hui en ce moment même, du 9 mai 14 heures au 10 mai 14 heures. Cette nuit, j'ai pu écrire une très courte nouvelle en suivant la contrainte tirée au sort :
“L’histoire doit intégrer un lieu abandonné depuis un certain temps. Que ce soit juste une pièce oubliée, un château en ruine, une ancienne station de métro désaffectée ou encore un vieux jardin en friche par exemple.”

Enjoy !

Enluminure (un peu trafiquée) issue du Livre des Merveilles (Marco Polo)


La poussière glisse dans le rai de lumière avant de se déposer sur les rayonnages de bois. Ses grains tournoient et scintillent avec langueur pour mieux disparaître dans la pénombre silencieuse, comme si malgré les années, il régnait toujours quelque bibliothécaire féroce prête à surgir au moindre murmure. Mais non, il n’y a plus personne. Plus personne sinon Nô, qui n’a jamais su lire mais qui a toujours apprécié l’ambiance feutrée de ces temples du papier. Sans doute est-ce grâce à son illettrisme qu’il demeure entre ces livres d’un autre temps, quand tous les autres ont déserté les lieux depuis la fin des mots. 
Nô n’a jamais su la véritable cause de l’effacement du sens dans l’esprit des gens ; du jour au lendemain, les lettres ne signifiaient plus rien, pas plus que les chiffres, tandis que les idéogrammes s’embrouillaient dans leurs courbes. Alors, même les plus grands lecteurs ont cessé de venir à la bibliothèque, l’absence au creux de leur âme pesait trop lourd. Les autres habitués ont suivi peu à peu ; ceux qui venaient trouver un toit et de la compagnie trouvèrent d’autres endroits où s’avachir regarder le monde tourner. Les médiathèques continuaient d’accueillir du public grâce à leur offre visuelle et sonore ; parmi elles, certaines luttaient pour garder les livres, au moins comme objet d’exposition, d’histoire, mais la plupart fermèrent les rayons. 
Et celles comme la bibliothèque fermèrent leurs portes. Ici, les bibliothécaires ont abandonné les livres après leur départ, trop las, trop peiné pour les jeter. Le silence a repris ses droits, la poussière a suivi, puis les rats et quelques insectes. Et Nô bien entendu. Le temps aussi s’est joint à la partie. Sous son œuvre, les poutres du toit crépitent et, certains soirs de pluie comme celui-ci, parfois, une nuée de gouttes volettent jusqu’aux précieux ouvrages quand ceux-ci ne sont pas déjà réduits à une fine poussière. Nô se promène entre les seaux, effort vain pour sauver les lieux, la vieillesse ancrée à son ombre. L’apogée de la bibliothèque ne lui semble pas si lointaine, et pourtant. Le décompte des années perd de son sens sans les chiffres, sans personne pour tenir le compte, mais plus encore pour lui qui ne sort presque plus de son antre. Dans le patio – en réalité, sous la coupole de verre crevée, Nô a descellé des dalles pour y mettre de la terre –, il cultive une poignée de légumes et il élève une colonie de vers de farine dans un fonds de manuscrits médiévaux. Cela lui suffit pour la plupart de ses repas, il apprécie plutôt leur croustillant d’ailleurs.

Pourtant, quand une étrange invitée se présente nuitamment aux portes vermoulues de la bibliothèque, son ragoût lui paraît bien frugal pour lui être servi. Son front haut et bombé renvoie l’éclat opalin de la lune bien que ses joues se dissimulent sous les arabesques d’un lierre sauvage. Telle une statue de pierre, elle lève les yeux à travers la coupole brisée, indifférente au vent qui agite son feuillage rouge et bleu. Nô se souvient de pareilles femmes dans les pages dévorées par les vers, plus diaphanes encore que le vélin fatigué. Étrange épouse de la feuille d’or qui s’en vient ce soir-là, entourée d’enluminures végétales aussi éthérées qu’elle. Que sert-on à une créature des mots ? Quelle ambroisie abreuve les encres et les pigments ?
Alors Nô se met à la recherche des ouvrages les mieux conservés et lui rapporte une belle collection d’incunables à la reliure de bois. Les fermoirs cliquettent quand il les apporte devant elle. Sans crainte de salir sa robe blanche, elle s’assied, ou se fond, sur la pierre et ses doigts ne tardent pas à parcourir goulûment les lignes de caractères gothiques. Si fins, si longs, aussi avides de lecture, ils ressemblent presque aux vers de farine, en moins destructeurs. Avant même l’aurore, l’enluminure a achevé son repas pourtant gargantuesque ; ses grands yeux bleus en réclament toujours plus auprès de Nô, jamais rassasiés. Un peu honteux, il lui remet les exemplaires un peu plus abîmés, certains rongés par la pluie ou les insectes, souillés par les rats.
Il s’agenouille à ses côtés, intrigués par le mouvement de ses lèvres presque inexistantes. Un filet de ce qu’il devine être du latin mélangé à de vieux mots incompréhensibles s’en échappe. Bientôt, son attention est toute détournée vers les pages. Son cœur se fige. Lorsqu’elle murmure, lorsqu’elle effleure, qu’elle chante, qu’elle caresse, le parchemin cesse de craquer, l’encre retrouve sa noirceur, ses couleurs, les dorures gagnent un nouveau lustre, les dentelles se comblent comme si aucun rongeur n’avait goûté à ce fruit de connaissance. 
Nô n’a jamais su lire aucune langue, ni la sienne, ni les nouvelles, ni les anciennes. Il apprécie leurs sonorités, le délié des voyelles, la rudesse des consonnes cassantes, le sifflement de leurs consœurs souples. Nouveau miracle sous ses vieux yeux ce soir quand les lettres prennent un sens dans une langue qu’il n’a même jamais entendue. Comme le parchemin qui se répare, quelque chose en lui se construit. 
Il n’attend pas la fin de la lecture de la créature, il part à la recherche d’autres ouvrages dont il déchiffre désormais les titres. La gourmandise de sa visiteuse le gagne, son esprit se creuse d’une faim jamais connue. À ses côtés, il dévore les pages sous le soleil, sous la lune, de nouveau sous le soleil et encore sous la lune. Leurs mains dansent autour des lettrines, se jouent des miniatures, leurs rires sonnent à l’unisson aux commentaires lubriques des copistes et leurs yeux pleurent aux amours tragiques.
Quand – enfin, déjà –, la créature referme le dernier livre, les reliures ont retrouvé leur lustre d’antan ; la coupole projette sur le dallage de granit blanc ses irisements à la croisée de ceux des fenêtres. Toute la bibliothèque en flamboie, un feu doux, familier, aux couleurs d’enluminures. Les joues de la dame ont retrouvé quelques couleurs, ses yeux pétillent, sa bouche rosie sourit. Sans amertume, Nô la laisse partir car il sait qu’elle va porter son don à l’extérieur. Mais, las, il regrette de ne pouvoir profiter de celui-ci plus longtemps. Elle l’a laissé assis dans l’un des vieux fauteuils, près de ses livres. Comme il a vieilli durant ces courtes journées, alors que les années n’avaient prise sur lui. Il soupire, son vieux torse fatigué retombe en un soufflet percé. Tandis que ses yeux se ferment, doigts et lèvres formulent les anciennes lettres une dernière fois.


samedi 25 avril 2015

La fête de l'homme mort

Salutations !

Peut-être vous souvenez-vous de ma nouvelle La fête de l'homme mort, écrite durant les 24 heures de la nouvelle ? Si vous ne l'avez pas encore lue ou si le souvenir ne vous en est pas resté, rien de grave puisque arrive aujourd'hui l'anthologie des 24 heures de la nouvelle ! Elle regroupe une dizaine de nouvelles des éditions 2013 et 2014 avec un sommaire des plus sympathique :
Away, de Romain Jolly
Câline, de Nicolas Gaube
Court-bouillon, de Lilie Bagage
Démon de Chat, de Francis Ash
Destinée cruelle, de Karele Dahyat
Il Suffit de Passer le Pont, de Luce Basseterre
In Rust we trust, de François Delmoor
La Biche, de Dominique Lémuri
La Fête de l’Homme Mort, de Manon Bousquet
La Marchande de Sable, d’Anaïs La Porte
Les Fleurs Oubliées, de Xavier Portebois
Musique Non-Stop, de François Delmoor
On y Sera Demain, de Chloé Bertrand
Pandatown, de Jérôme Cigut
Ramazan Bey Original, de Philippe Pinel
Sept Cent Trois, de Miah Jullion
Shan Theli, de Tesha Garisaki
Ma nouvelle raconte le parcours absurde d'un fêtard solitaire jusqu'à ladite fête de l'homme mort, dans un univers largement inspiré par The Mystic Knights of Oingo Boingo !
J'espère que ce recueil de textes vous plaira (notamment, j'ai adoré Pandatown de Jérôme, mais les textes de Tesha, Xavier ou encore Miah valent le détour !)

A très bientôt et bonnes lectures,

Nariel Limbaear

samedi 11 avril 2015

Murs, colonnes et chantiers

Salutations !

Aujourd'hui, dernier petit transfert de mon blog d'archéologie. Je ne sais pas si je continuerai à rédiger des articles à propos d'archéologie et d'histoire, vu que j'ai épuise une partie de mes cours. Si je fais des trouvailles intéressantes lors de mes recherches pour l'écriture, promis, je vous en ferai part !
Bref, cette fois-ci, on va parler surtout murs et supports, comme les colonnes, avec un peu de vocabulaire, quelques images, puis on terminera sur les appareils de chantier (sans rire, ils hissaient pas les cailloux sans rien les mecs !).


Appareil : façon de tailler et d’assembler les matériaux constituants une maçonnerie : un petit appareil pour un mur fait de petites pierres par exemple.
Parement : la face vue d’un mur, ce qu’on voit, que ça soit à l’extérieur ou à l’intérieur de l’édifice.
Blocage : l’ensemble des matériaux qui remplit le vide entre les parements du mur. Par exemple, l'opus caementicium des romains appartient à la famille des blocages, même si on peut l'utiliser sans parements (mais c'est moche). Généralement, ce sont des déchets de constructions qui servent à le constituer ; dans le cas de l'opus caementicium, on y adjoint du mortier (et vous pouvez essayer de creuser...).
"Détail de la porte Saint-André de l'enceinte gallo-romaine d'Autun. La partie de gauche est en grand appareil régulier, celle du centre en petit appareil régulier. Ce parement forme coffrage pour le blocage de droite (pierres noyées dans du ciment)." - photographie d'Archeos

Mur gouttereau : c’est le mur extérieur latéral.

Colonne : support de section circulaire, formée d’une base, d’un fût, d’un chapiteau et d’un tailloir. La colonnette est une petite colonne.
Sarah Woodward, traduit par Salsero35

Chapiteau : élément souvent orné d’un décor qui couronne le fût d’une colonne ou d’un pilastre ou d’un pilier.
Fût : il peut être lise ou cannelé, et composé d’un bloc monolithique, ou de matériaux appareillés ou de tambours.
Base : la base. Vous vous attendiez à quoi ?

Encyclopedie: Classical Orders, engraving from the Encyclopédie vol. 18.
On reconnaît ici les ordres (d'en haut à gauche jusqu'en bas à droite) : toscan, dorique, ionique, ionique moderne, corinthien, composite (ils n'avaient plus d'idées ni pour le nom ni pour l'architecture, ils ont tout mis dedans).
Pilastre : support vertical plat engagé dans un mur et présentant une certaine ordonnance architecturale (base, fût, etc.). Oui, un peu comme une colonne quoi. Mais en rectangulaire encastré dans un mur.
Pilier/pile : support isolé et maçonné de section simple et circulaire. Il peut être quadrangulaire, octogonal, voire plus complexe
Dosseret : plan rectangulaire dans lequel est engagé une colonne ou un pilastre

Je vous fais grâce de mes gribouillages des colonnes en plan schématique, mais c'est sexy. Je vous épargne même la blague sur les piliers cantonais cantonné (non, je ne l'ai pas écrit comme ça au partiel. Par contre, je ne peux rien promettre pour mes cours). Même si sur celui-ci, on repère distinctement de magnifiques piliers à noyau circulaire flanqué de quatre colonnes :
Kathedrale St-Bénigne Dijon, Grundriss, par Jochen Jahnke

Passons maintenant à un peu d'outillage :

On utilise la poulie pour des charges pas trop lourdes, ainsi que le treuil, qui permet de soulever trois fois plus avec le même effort de traction. Mais les systèmes les plus rentables sont les chèvres (nope, nope, je ne dirai rien), deux poteaux de bois, avec une utilisation de palan.

La chèvre à roue creuse permet de soulever plusieurs tonnes, avec parfois deux roues (les hommes se mettaient dedans) (comme des hamsters) (je suppose qu'on peut aussi mettre des chèvres).
Grue/chèvre médiévale - Ji-Elle


Pour soulever des blocs, on peut utiliser les louves (toujours pas), qui ont une forme de queue de pie, ce qui permet une meilleure préhension sur la pierre.
par So Leblanc
Les élingues désignent tout ce qui est cordage. On peut les utiliser seules, c’est le plus simple car ça ne nécessite aucune préparation du bloc, mais on préfère les tenons de bardage, les louves ou les griffes qui tiennent mieux le bloc et sont plus pratiques pour poser les blocs sur le mur.
Tenons de bardage non rabotés - par Bernhard J. Scheuvens (temple de Ségeste)

Pour égaliser les lits des pierres sur les faces de joint, on utilise des
Gradine, par Flassig Reiner
gradines. Une fois le bloc ainsi lissé, on le met en place et on finalise avec le calage et le serrage de la pierre.
Dans la carrière, on laisse autour de la pierre une gaine protectrice, qui n’est abattue ou réduite que sur le chantier. Celle de la face antérieure ne sera enlevée totalement qu’au moment du ravalement de la façade.

Avec des pierres soigneusement équarries, on peut se permettre de construire à joints vifs, c'est-à-dire sans crépis ni mortier (hop, on recase "appareil à joints vifs". On ne fait qu’ajouter de petits scellements de métal, des crampons quand ils sont horizontaux pour sceller deux pierres d’une même assisse, goujons pour les verticaux (qui sont presque toujours métalliques, mais pas forcément). 
Pour le plan horizontal, on trouve plus de diversité, comme les doubles queues d’aronde (autre nom de l’hirondelle), qui disparaît au Ier siècle ap JC, ensuite avec des scellements en double té, et enfin en phi, avec une forme d’agrafe. Ouais, on agrafait des blocs de plusieurs tonnes, même pas peur. 

J'espère que ceci vous aura plu, à bientôt et bonnes lectures !

Nariel Limbaear


Source : Cours de méthodologie, L1, Toulouse le Mirail. et cours d'E. Boube

vendredi 3 avril 2015

La lisière de Bohême et Ganesha

La lisière de Bohême


Jacques Baudou, Moutons électriques, 2014
Comme de nombreux livres chez les Moutons électriques, Lisière de Bohème est très bien écrit (et l'objet est magnifique, comme d'habitude). Mais je ne suis pas rentrée dedans. La faute je pense au découpage des chapitres : très courts, c’est bien pratique pour dire « un dernier et au lit » mais quand le même dialogue est coupé trois fois par un changement de chapitre (et donc page blanche, page de chapitre, citation, on reprend), ça marque énormément le rythme de lecture. Et je trouve qu’on perd celui de l’histoire. C’est tout bête, et qu’un tout petit rien gâche la lecture ainsi, je trouve ça dommage…

Au-delà de ça. Quasiment toute la narration se joue en réalité dans des dialogues. Au début, ça m’a perturbée, surtout que la typographie n’aide pas, mais on finit par s’y faire (un peu laborieusement avec le découpage des chapitres, maaais j’arrête de ronchonner là-dessus).

J’aime bien les histoires lentes, mais j’ai trouvé que celle-ci avait franchement du mal à se lancer. Au final, elle est belle, mais à peine esquissée, on sent qu’il y avait beaucoup de choses derrière, mais qu’on ne garde qu’une surface. Ça contribue à la belle ambiance certes, mais tout ça fait qu’au final, le livre est plutôt léger. Voilà, c’était léger : les personnages, leurs actions, (les chapitres !), tout. Un peu déçue donc. Mais c’était bien écrit, ça me suffit le plus souvent.

*SPOIL*

(Et je ne sais pas si je dois trouver l’incursion SF géniale ou si je dois m’arracher les cheveux : mais punaise, changer le genre du bouquin à la DERNIÈRE PAGE, c’est plus du retournement de situation, c’est faire un gros pied de nez au lecteur !)


Ganesha, Mémoires de l'homme éléphant

Xavier Mauméjean, première édition chez Le Masque, 2000. Edition revue et augmentée, Mnémos, 2014
Dans un Londres brumeux et bien sale, Xavier Mauméjean nous entraîne dans les notes de Joseph Merrick, l’homme éléphant, qui se prend pour/se fait passer pour/joue le rôle de Ganesh, le dieu éléphant, dont les rêves contiennent le monde. Son intelligence est sollicitée pour résoudre des affaires étranges.
Un peu de Sherlock Holmes dans ce Joseph/Ganesha, mais aussi beaucoup de choses plus inédites, notamment beaucoup de réflexions en continu, et qui ne portent pas nécessairement sur les affaires policières en cours.
J’en ressors avec une drôle d’impression. Le tout est très bien écrit, c’est un plaisir à lire, là-dessus pas de doute. Par contre, l’esprit du personnage étant on ne peut plus désordonné et cachottier, ses notes m’ont parfois laissée un peu confuse sur certains détails. Si l’on comprend l’ensemble, ces moments de flottement m’ont parfois écartée de la lecture, que j’ai au final appréciée. Les quatre petites historiettes sont sympathiques, j’ai beaucoup aimé celle à la campagne – en automne je crois –, dont j’ai pu deviner l’issue grâce à l’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau.
Bref, une lecture pas forcément facile à la laquelle il faut être préparé, la surprise peut être difficile.

jeudi 26 mars 2015

Gilgamesh, roi d'Ourouk et Ainsi naissent les fantômes

Gilgamesh, roi d'Ourouk

Robert Silverberg, 1984 - première édition française 1990 chez l'Atalante, traduction de Gilles Ganache. 

J’ai dépassé péniblement les trois quarts, mais je m’ennuie à mourir. Pourtant, il est difficile de m’ennuyer, surtout quand on parle de mythologie. De plus, j’avais déjà effleuré Silverberg avec plaisir. Alors qu’est-ce qui ne passe pas ?
Gilgamesh, roi d’Ourouk, reprend l’antique épopée mésopotamienne de ce roi divin, assez héros grec, écrite dix-sept siècles avant notre ère (environ). Pour avoir lu quelques poèmes liés à Inanna, j’apprécie beaucoup cette mythologie. Comme toutes, c’est un beau bazar, plein de sexe évidemment, de fourberies, de… bref. Une mythologie quoi.
Elle est bien présente dans le roman, intégrée et expliquée, pas de problèmes de ce côté-là, et même si on reste du côté très humains, la présence des divinités est palpable. Mais c’est ennuyeux. C’est pas lent, poétique, ou empreint d’une délicate ambiance, rien du tout. Gilgamesh nous raconte ses aventures, en se plaignant plus souvent que Fitz, sur un ton très plat : j’ai fait-ci, j’ai fait-ça, j’ai sacrifié à Enki, je me suis disputé avec Inanna, je me sens seul, bouhouhouhou. Alors que le potentiel était énorme, le tout se retrouve réduit à pas grand-chose. Bref, une très grosse déception !
Sans parler du fait que… Dans les versions originales (« Désolée, nous ne vendons plus de tablettes de pierre », dixit ma libraire), comme je le disais, c’est un beau bordel niveau coucheries. Entre autres, Inanna et Gilgamesh ont eu une aventure, mais pour Inanna c’est normal, elle incarne l’amour charnel et la guerre (et mine de rien, on voit bien le lien !). Elle sortait aussi avec le berger Dumuzi, et aussi avec SA vizir, Ninsubur. Ben bizarrement, quand Silverberg mentionne le dévouement de Ninsubur, cette charmante secrétaire devient un charmant secrétaire. Pour reprendre le « elle » quelques chapitres plus loin lors d’un dérapage. Ok. Entre autres, Inanna a été terriblement jalouse de Gilgamesh, car celui-ci a décidé que les femmes ne lui suffisaient pas et qu’il avait besoin d’un grand copain très petit copain. Et dans le roman, cet amour se transforme en amitié virile… et Gilgamesh passe son temps à nier que non, ils sont amants. On te croit mon petit. N’aurait été que ces deux « détails », j’aurais pu apprécier le bouquin, mais ça et l’ennui, ça fait beaucoup.


Ainsi naissent les fantômes

Lisa Tuttle, textes réunis et traduit par Mélanie Fazi, éditions Dystopia, 2011

Voilà un remarquable recueil de nouvelles. J’y découvre Lisa Tuttle, grâce à la traduction de Mélanie Fazi, dont j’adorais déjà les nouvelles. Il m’a fallu d’ailleurs quelques histoires de lues pour réussir à séparer les deux auteurs dans mon esprit, car on leur retrouve des thématiques et des approches communes, souvent autour d’une horreur très personnelle, intime. Bien sûr, on y retrouve l’aisance d’écriture de Mélanie Fazi, qui sait toutefois laisser s’exprimer le style de Lise Tuttle.
Toutes les nouvelles ne sont pas horrifiques, mais chacune amène son propre malaise, parfois tout en poésie d’ailleurs (je pense au Remède, qui… se finit bien si l’on peut dire. L’heure en plus a des chances de bien se finir aussi). D’autres donnent tout simplement envie de hurler d’horreur et de frustration contenues, de jeter le livre au feu et d’oublier l’horrible histoire que l’on vient de lire. Ce que je veux dire, c’est qu’à côté, Stephen King est un petit joueur : il joue sur des peurs intrinsèques à l’être humain, des peurs animales, profondes. Lisa Tuttle touche à quelque chose d’infiniment plus personnel, souvent charnel dans tout ce qu’un corps maltraité peut influencer sur l’esprit. Une horreur qui fait frissonner pour se débarrasser de l’impression qui vous colle à la peau.
La couverture de la très belle édition de chez Dystopia vous donnera une bonne idée de ce sentiment :
Et pour achever de vous donner envie, une nouvelle gratuite :
 http://editions.dystopia.fr/lisa-tuttle/le-vieux-m-boudreaux

Bonnes lectures !

Nariel Limbaear

dimanche 8 mars 2015

Architecture religieuse et plans au sol

Salutations !

Aujourd'hui, petit article sur les églises. Et d'abord, un petit topo :
On utilise souvent les mots église, basiliques, cathédrales... et aussi souvent à tord et à travers. Ils ne sont pas exactement synonymes ! Même si les basiliques et les cathédrales sont des églises, on va pinailler un peu si vous le voulez bien.

Logiquement, il n'y a qu'une seule cathédrale par diocèse (qu'on peut rapprocher de l’évêché, le territoire soumis à l'évêque en gros). Bien sûr, certaines ont été remplacées par de nouvelles cathédrales, mais l'ancienne perd son titre. On peut continuer à l'appeler cathédrale, mais le c(h)oeur n'y est plus. Bref. La cathédrale est le siège de l'évêque, même si ça doit être douloureux au niveau du clocher.

Les basiliques sont plus nombreuses, le nom vient de bâtiments publics de l'antiquité qui pouvait abriter le marché, des débats, etc. Surtout quand il pleuvait. Par la suite, ce sont devenu des bâtiments religieux, parfois simples églises, parfois basiliques. Alors, la basilique chrétienne ? Eh bien c'est un lieu plus symbolique : il a pu s'y produire un miracle, ou on y conserve des reliques (comme le Saint Prépuce (yeah), le crâne de Saint Jean-Baptiste enfant (quantchrist !), ou la troisième jambe de Saint Jérôme (religion alien, je le savais !)).

Après, on peut partir sur tous les couvents, les abbayes, les... mais même si c'est calme, beau reposant, on s'en passera pour cette fois. 

Plan d'une basilique au sol ; basé sur le travail de Leonce49, et celui de Lusitania et TTaylor. Auteur : Nemoi
Grosso modo, ces bâtiments religieux communs suivent des plans relativement convenus, même s'ils varient selon les époques (absence de croisée ou de narthex par exemple) ou selon la taille de l'édifice. Par exemple, la présence d'un transept n'est pas obligatoire (plan circiforme, de la forme d'une arène de cirque), ou l'église peut en posséder un (plan cruciforme, comme les tournevis). Elles ne sont pas obligées d'être en longueur, mais les plans centrés sont plutôt réservés aux chapelles, tombeaux, etc. Ils peuvent être en forme de croix grecque ou polygonaux, entre autres. 

Par exemple, le déambulatoire, qui n'est pas réservé aux personnages âgées, date du VIIIe siècle (alors que les églises chrétiennes datent de bien plus tôt, période paléochrétienne (on va dire autour des IVe-Ve siècles)). En effet, les pèlerins, de plus en plus nombreux, devenaient sacrément enquiquinants pendant les offices et créaient des embouteillages autour des reliques. Du coup, Ikea est arrivé avec ses flèches jaunes pour dire par quelles chapelles passer avant de sortir dans le bon sens : le déambulatoire était né. 

Voûte en cul-de-four de la Grande Mosquée de Kairouan (IXe siècle). Dyolf77
L'abside termine généralement le choeur, où se pratique l'office. Dans les petites églises, c'est le fond. Dans les plus grandes, elle est entourée par le fameux déambulatoire. Les absidioles sont de petites chapelles à l'extrémité de l'église, contrairement aux chapelles latérales que l'on trouve dans les collatéraux ou dans le transept. Elles peuvent être en cul-de-four ou à fond plat.



On est d'accord, ça prend plus de place
que le bénitier dans le narthex.
(photo de Georges Jansoone, baptistère de Florence)
Le narthex, ce si joli mot qui ressemble au nom d'un os, accueillait les baptêmes (même si les baptistères sont nettement plus classes pour ça).
Il est plutôt propre à l'époque paléochrétienne ou romane, il s'efface à l'époque gothique. 
Le baptistère, bâtiment indépendant dans la plupart des cas, est très à la mode jusqu'au XIIème siècle, car le baptême par immersion est remplacé par aspersion. 
Basilique Saint-Sernin de Toulouse (photo de PierreSelim)
Sur l'image ci-dessus, on distingue bien la nef centrale (en jaune sur le schéma) et les collatéraux (en bleu), à  droite et à gauche. 

On retrouve ces éléments de plans un peu à toutes les époques, contrairement aux élévations qui sont beaucoup plus liées à des époques en particulier. Ainsi, le triforium (le mot fait un peu trifouiller, mais en vrai c'est super joli) est plutôt caractéristique de l'époque gothique, tout comme les ouvertures très ajourées.
Malmesbury Abbey (photo d'Arpingstone)
J'espère que cet aparté architectural vous aura plu, et je vous donne rendez-vous pour le prochain sur les matériaux et méthodes de construction.

Bonnes lectures !

Nariel Limbaear

dimanche 1 mars 2015

Voûtes, arcs et baies

Salutations ! 

Aujourd'hui, nous retournons dans des considérations archéologiques et architecturales. Si les mots "plein cintre", "ogives" et "outrepassé" vous intriguent, vous êtes au bon endroit ! 

Peinture murale à l'intérieur de la basilique Saint-Sernin, avec porte à arc en plein cintre. Léna.




Arcs outrepassés dans la Grande Mosquée de Kairouan. Keith Roper
 
Intrados : c'est la surface intérieure concave de l'arc voûté
Extrados : surface extérieure convexe.
Un arc et un ou deux supports forment une arcade.

Cathédrale de Chartres - Transept Nord - Rose avec la Vierge Marie tenant l'Enfant Jésus en son centre et vitraux aux armes de France et de Castille. Mossot


Fenêtres à remplages flamboyants (cloître de la cathédrale de Constance). Benutzer:Fb78


Voûte en plein cintre : voûte en forme d’arc en plein cintre.
Voûte en berceau brisé : voûte en forme d’arc brisé.
Voûte en demi-berceau : voûte en forme de moitié d’arc brisé.
Voûte en berceaux transversaux : berceaux successifs formant une voûte interrompue
Travée : espace compris entre quatre supports et délimités par les deux doubleaux qu’ils portent.
Arc doubleau : en saillie sous une voûte, soulignant une travée.
Voûtain : compartiment de voûte.
Voûte en cul-de-four : voûte en quart de sphère.
Arc diaphragme : mur intérieur monté d’un arc transversal, souvent pour séparer deux parties de l’édifice.
Voûte d'arêtes dans la Grande Mosquée de Kairouan. Issam Barhoumi




Voûte ogivale de l'église Saint-Séverin à Paris. Roman Bonnefoy
Une lierne est une nervure d’une voûte sur croisée d'ogives, partant de sa clé de voûte et subdivisant ses voûtains en deux segments symétriques. Les liernes peuvent s'arrêter avant de toucher aux arcs formerets et arcs-doubleaux ; dans ce cas, des tiercerons établissent la liaison, créant ainsi un troisième segment sur la partie inférieure du voûtain.

Voûte sexpartite à liernes et tiercerons. Le Mesnil-Aubry (95), église de la Nativité de la Vierge.  P. Poschadel


Source : Cours de méthodologie, L1, Toulouse le Mirail.

J'espère que ce petit topo vous aidera et que vous avez trouvé le tout intéressant ! Sur ce, bonnes lectures et à bientôt,

Nariel Limbaear

lundi 9 février 2015

Pourquoi j'aime les genres pas sérieux (bis)

Salutations !
Certains d'entre vous se rappellent peut-être du petit article que j'ai rédigé à propos des littératures de genre. 
Pour ceux qui ne l'ont pas lu ou ceux qui veulent lire une version approfondie, sachez qu'il est désormais disponible au complet sur [Espaces comprises] !



Pour rappelle, on y cause de préjugés envers les littératures, surtout celles de l'imaginaire, mais vous pouvez l'appliquer partout, même aux classiques (non, ils ne sont pas - tous - ennuyeux). 
J'espère que vous aimerez, et surtout n'hésitez pas à nous faire part de vos retours, et à partager !

A bientôt,

Nariel Limbaear