jeudi 26 mars 2015

Gilgamesh, roi d'Ourouk et Ainsi naissent les fantômes

Gilgamesh, roi d'Ourouk

Robert Silverberg, 1984 - première édition française 1990 chez l'Atalante, traduction de Gilles Ganache. 

J’ai dépassé péniblement les trois quarts, mais je m’ennuie à mourir. Pourtant, il est difficile de m’ennuyer, surtout quand on parle de mythologie. De plus, j’avais déjà effleuré Silverberg avec plaisir. Alors qu’est-ce qui ne passe pas ?
Gilgamesh, roi d’Ourouk, reprend l’antique épopée mésopotamienne de ce roi divin, assez héros grec, écrite dix-sept siècles avant notre ère (environ). Pour avoir lu quelques poèmes liés à Inanna, j’apprécie beaucoup cette mythologie. Comme toutes, c’est un beau bazar, plein de sexe évidemment, de fourberies, de… bref. Une mythologie quoi.
Elle est bien présente dans le roman, intégrée et expliquée, pas de problèmes de ce côté-là, et même si on reste du côté très humains, la présence des divinités est palpable. Mais c’est ennuyeux. C’est pas lent, poétique, ou empreint d’une délicate ambiance, rien du tout. Gilgamesh nous raconte ses aventures, en se plaignant plus souvent que Fitz, sur un ton très plat : j’ai fait-ci, j’ai fait-ça, j’ai sacrifié à Enki, je me suis disputé avec Inanna, je me sens seul, bouhouhouhou. Alors que le potentiel était énorme, le tout se retrouve réduit à pas grand-chose. Bref, une très grosse déception !
Sans parler du fait que… Dans les versions originales (« Désolée, nous ne vendons plus de tablettes de pierre », dixit ma libraire), comme je le disais, c’est un beau bordel niveau coucheries. Entre autres, Inanna et Gilgamesh ont eu une aventure, mais pour Inanna c’est normal, elle incarne l’amour charnel et la guerre (et mine de rien, on voit bien le lien !). Elle sortait aussi avec le berger Dumuzi, et aussi avec SA vizir, Ninsubur. Ben bizarrement, quand Silverberg mentionne le dévouement de Ninsubur, cette charmante secrétaire devient un charmant secrétaire. Pour reprendre le « elle » quelques chapitres plus loin lors d’un dérapage. Ok. Entre autres, Inanna a été terriblement jalouse de Gilgamesh, car celui-ci a décidé que les femmes ne lui suffisaient pas et qu’il avait besoin d’un grand copain très petit copain. Et dans le roman, cet amour se transforme en amitié virile… et Gilgamesh passe son temps à nier que non, ils sont amants. On te croit mon petit. N’aurait été que ces deux « détails », j’aurais pu apprécier le bouquin, mais ça et l’ennui, ça fait beaucoup.


Ainsi naissent les fantômes

Lisa Tuttle, textes réunis et traduit par Mélanie Fazi, éditions Dystopia, 2011

Voilà un remarquable recueil de nouvelles. J’y découvre Lisa Tuttle, grâce à la traduction de Mélanie Fazi, dont j’adorais déjà les nouvelles. Il m’a fallu d’ailleurs quelques histoires de lues pour réussir à séparer les deux auteurs dans mon esprit, car on leur retrouve des thématiques et des approches communes, souvent autour d’une horreur très personnelle, intime. Bien sûr, on y retrouve l’aisance d’écriture de Mélanie Fazi, qui sait toutefois laisser s’exprimer le style de Lise Tuttle.
Toutes les nouvelles ne sont pas horrifiques, mais chacune amène son propre malaise, parfois tout en poésie d’ailleurs (je pense au Remède, qui… se finit bien si l’on peut dire. L’heure en plus a des chances de bien se finir aussi). D’autres donnent tout simplement envie de hurler d’horreur et de frustration contenues, de jeter le livre au feu et d’oublier l’horrible histoire que l’on vient de lire. Ce que je veux dire, c’est qu’à côté, Stephen King est un petit joueur : il joue sur des peurs intrinsèques à l’être humain, des peurs animales, profondes. Lisa Tuttle touche à quelque chose d’infiniment plus personnel, souvent charnel dans tout ce qu’un corps maltraité peut influencer sur l’esprit. Une horreur qui fait frissonner pour se débarrasser de l’impression qui vous colle à la peau.
La couverture de la très belle édition de chez Dystopia vous donnera une bonne idée de ce sentiment :
Et pour achever de vous donner envie, une nouvelle gratuite :
 http://editions.dystopia.fr/lisa-tuttle/le-vieux-m-boudreaux

Bonnes lectures !

Nariel Limbaear

dimanche 8 mars 2015

Architecture religieuse et plans au sol

Salutations !

Aujourd'hui, petit article sur les églises. Et d'abord, un petit topo :
On utilise souvent les mots église, basiliques, cathédrales... et aussi souvent à tord et à travers. Ils ne sont pas exactement synonymes ! Même si les basiliques et les cathédrales sont des églises, on va pinailler un peu si vous le voulez bien.

Logiquement, il n'y a qu'une seule cathédrale par diocèse (qu'on peut rapprocher de l’évêché, le territoire soumis à l'évêque en gros). Bien sûr, certaines ont été remplacées par de nouvelles cathédrales, mais l'ancienne perd son titre. On peut continuer à l'appeler cathédrale, mais le c(h)oeur n'y est plus. Bref. La cathédrale est le siège de l'évêque, même si ça doit être douloureux au niveau du clocher.

Les basiliques sont plus nombreuses, le nom vient de bâtiments publics de l'antiquité qui pouvait abriter le marché, des débats, etc. Surtout quand il pleuvait. Par la suite, ce sont devenu des bâtiments religieux, parfois simples églises, parfois basiliques. Alors, la basilique chrétienne ? Eh bien c'est un lieu plus symbolique : il a pu s'y produire un miracle, ou on y conserve des reliques (comme le Saint Prépuce (yeah), le crâne de Saint Jean-Baptiste enfant (quantchrist !), ou la troisième jambe de Saint Jérôme (religion alien, je le savais !)).

Après, on peut partir sur tous les couvents, les abbayes, les... mais même si c'est calme, beau reposant, on s'en passera pour cette fois. 

Plan d'une basilique au sol ; basé sur le travail de Leonce49, et celui de Lusitania et TTaylor. Auteur : Nemoi
Grosso modo, ces bâtiments religieux communs suivent des plans relativement convenus, même s'ils varient selon les époques (absence de croisée ou de narthex par exemple) ou selon la taille de l'édifice. Par exemple, la présence d'un transept n'est pas obligatoire (plan circiforme, de la forme d'une arène de cirque), ou l'église peut en posséder un (plan cruciforme, comme les tournevis). Elles ne sont pas obligées d'être en longueur, mais les plans centrés sont plutôt réservés aux chapelles, tombeaux, etc. Ils peuvent être en forme de croix grecque ou polygonaux, entre autres. 

Par exemple, le déambulatoire, qui n'est pas réservé aux personnages âgées, date du VIIIe siècle (alors que les églises chrétiennes datent de bien plus tôt, période paléochrétienne (on va dire autour des IVe-Ve siècles)). En effet, les pèlerins, de plus en plus nombreux, devenaient sacrément enquiquinants pendant les offices et créaient des embouteillages autour des reliques. Du coup, Ikea est arrivé avec ses flèches jaunes pour dire par quelles chapelles passer avant de sortir dans le bon sens : le déambulatoire était né. 

Voûte en cul-de-four de la Grande Mosquée de Kairouan (IXe siècle). Dyolf77
L'abside termine généralement le choeur, où se pratique l'office. Dans les petites églises, c'est le fond. Dans les plus grandes, elle est entourée par le fameux déambulatoire. Les absidioles sont de petites chapelles à l'extrémité de l'église, contrairement aux chapelles latérales que l'on trouve dans les collatéraux ou dans le transept. Elles peuvent être en cul-de-four ou à fond plat.



On est d'accord, ça prend plus de place
que le bénitier dans le narthex.
(photo de Georges Jansoone, baptistère de Florence)
Le narthex, ce si joli mot qui ressemble au nom d'un os, accueillait les baptêmes (même si les baptistères sont nettement plus classes pour ça).
Il est plutôt propre à l'époque paléochrétienne ou romane, il s'efface à l'époque gothique. 
Le baptistère, bâtiment indépendant dans la plupart des cas, est très à la mode jusqu'au XIIème siècle, car le baptême par immersion est remplacé par aspersion. 
Basilique Saint-Sernin de Toulouse (photo de PierreSelim)
Sur l'image ci-dessus, on distingue bien la nef centrale (en jaune sur le schéma) et les collatéraux (en bleu), à  droite et à gauche. 

On retrouve ces éléments de plans un peu à toutes les époques, contrairement aux élévations qui sont beaucoup plus liées à des époques en particulier. Ainsi, le triforium (le mot fait un peu trifouiller, mais en vrai c'est super joli) est plutôt caractéristique de l'époque gothique, tout comme les ouvertures très ajourées.
Malmesbury Abbey (photo d'Arpingstone)
J'espère que cet aparté architectural vous aura plu, et je vous donne rendez-vous pour le prochain sur les matériaux et méthodes de construction.

Bonnes lectures !

Nariel Limbaear

dimanche 1 mars 2015

Voûtes, arcs et baies

Salutations ! 

Aujourd'hui, nous retournons dans des considérations archéologiques et architecturales. Si les mots "plein cintre", "ogives" et "outrepassé" vous intriguent, vous êtes au bon endroit ! 

Peinture murale à l'intérieur de la basilique Saint-Sernin, avec porte à arc en plein cintre. Léna.




Arcs outrepassés dans la Grande Mosquée de Kairouan. Keith Roper
 
Intrados : c'est la surface intérieure concave de l'arc voûté
Extrados : surface extérieure convexe.
Un arc et un ou deux supports forment une arcade.

Cathédrale de Chartres - Transept Nord - Rose avec la Vierge Marie tenant l'Enfant Jésus en son centre et vitraux aux armes de France et de Castille. Mossot


Fenêtres à remplages flamboyants (cloître de la cathédrale de Constance). Benutzer:Fb78


Voûte en plein cintre : voûte en forme d’arc en plein cintre.
Voûte en berceau brisé : voûte en forme d’arc brisé.
Voûte en demi-berceau : voûte en forme de moitié d’arc brisé.
Voûte en berceaux transversaux : berceaux successifs formant une voûte interrompue
Travée : espace compris entre quatre supports et délimités par les deux doubleaux qu’ils portent.
Arc doubleau : en saillie sous une voûte, soulignant une travée.
Voûtain : compartiment de voûte.
Voûte en cul-de-four : voûte en quart de sphère.
Arc diaphragme : mur intérieur monté d’un arc transversal, souvent pour séparer deux parties de l’édifice.
Voûte d'arêtes dans la Grande Mosquée de Kairouan. Issam Barhoumi




Voûte ogivale de l'église Saint-Séverin à Paris. Roman Bonnefoy
Une lierne est une nervure d’une voûte sur croisée d'ogives, partant de sa clé de voûte et subdivisant ses voûtains en deux segments symétriques. Les liernes peuvent s'arrêter avant de toucher aux arcs formerets et arcs-doubleaux ; dans ce cas, des tiercerons établissent la liaison, créant ainsi un troisième segment sur la partie inférieure du voûtain.

Voûte sexpartite à liernes et tiercerons. Le Mesnil-Aubry (95), église de la Nativité de la Vierge.  P. Poschadel


Source : Cours de méthodologie, L1, Toulouse le Mirail.

J'espère que ce petit topo vous aidera et que vous avez trouvé le tout intéressant ! Sur ce, bonnes lectures et à bientôt,

Nariel Limbaear