samedi 19 septembre 2015

Remember me - Dontnod Entertainment & Capcom (2013)


 
Jeu testé en difficulté Pirate en herbe. (Oui, un jeu vidéo, pas un livre, ça change !)

Nilin, terroriste du souvenir numérisé, est embastillée et privée de la plupart de ses souvenirs. Au moment de son incarcération, elle est contactée par un complice qui l’aide à s’échapper et lui promet de l’aider à retrouver ses souvenirs. Commence alors une double lutte, contre les privilégiés et contre ceux qui l’ont privée de sa mémoire.

Remember me m’avait vendu du rêve. Au scénario et aux dialogues, deux auteurs francophones de qualité, Alain Damasio et Stéphane Beauverger. J’attendais donc un jeu vidéo dont l’histoire et les personnages m’emporteraient dans un tourbillon sans pareil, et connaissant Damasio avec une critique sociétale poussée, et tant pis si le gameplay ne suivait pas, je pouvais m’y adapter.
Quelle erreur ! Quelle déception !
L’histoire, et les personnages ont été écrits comme pour un livre : de manière linéaire, et oh combien classique.
[spoiler]C’était dur de deviner qui était la mère de Nilin… seule personne « colorée » à part l’héroïne. Et puis Edge...[/spoiler]
Il en ressort quatre premiers épisodes (sur 8, suivez bien) plutôt ennuyeux, prévisibles, aux personnages assez absents, à peine effleurés et à la psychologie un peu simpliste (Olga… non en fait Olga ça s’étend à toute l’histoire). L’histoire gagne en force à la moitié du jeu, mais sans décoller vraiment, et sans réussir à développer une âme propre, une patte, un style particulier. Non, c’est une histoire de révolte contre le système parmi d’autres, avec une prison qui tue les esprits plutôt que les corps. Je fais l’impasse sur les incohérences et les vides laissés sans justification aucune…
La psychologie de Nilin est vaguement effleurée lors de réflexions intérieures en début d’épisode, souvent en rapport avec le précédent, mais de manière peu convaincante. Et ce n’est même pas la peine de parler des autres personnages… Heureusement, l’épisode 8 rattrape quelque peu les sept premiers en étoffant le passé et l’entourage de Nilin. Jusque-là, l’histoire individuelle manque singulièrement de sens (à comprendre, on ne sait même pas où l'histoire veut aller), Nilin se laisse porter, les enjeux ne sont pas rendus présents ou importants.
Certains dialogues tranchent par leurs envolées lyriques… mais de fait, on se demande un peu d’où ils sortent et ce qu’ils font là, faisant perdre le peu de naturel que les personnages avaient réussi à acquérir.
Par contre, l’univers aurait pu être vraiment sympathique (s’il avait été plus solide et plus étendu), il y a de belles choses, de bonnes idées (la salle avant le bureau de Charles, qui donne l’impression d’un monde en noir et blanc !), mais au final, il est très vide (androïdes, couloirs, youpi). Sur le plan philosophique et éthique, il y a aussi de bonnes choses qui sont soulevées : je trouve que c’est important, dans notre société où tout doit filer droit, que l’erreur est humaine, qu’elle est un droit, et qu’elle fait progresser si on ne se contente pas de l’oublier, mais aussi qu’il faut savoir pardonner les erreurs des autres.

Sur le plan gameplay, la progression pâtit de l’histoire : on se retrouve dans de longs tunnels aux techniques répétitives, alors que les possibilités étaient extraordinaires (mais bon, limitations techniques, ça peut se comprendre). Il suffit d’aller tout droit, de bien suivre les flèches pour escalader, de faire sans arrêt les mêmes actions…
Le piratage de souvenirs, un peu laborieux, procure des scènes intenses (hé mais pourquoi vous avez pas fait ça dans le reeeeeste du scénario ?) que l’on peut moduler, pas à volonté, mais suffisamment. Si l’on peut choisir l’issue du souvenir, seule une permettra de continuer l’histoire (il me semble), dommage. Très peu utilisé (sous utilisé ?), je trouve qu’il aurait mérité d’être un élément essentiel du gameplay.
 

Heureusement, les combats sont là pour vous réveiller, nerveux et énergiques (même s’ils souffrent parfois des aspects répétitifs/linéaires des techniques et du scénario). Les animations de Nilin sont fluides, assez belles, on se retrouve avec une Catwoman souple et élégante (même si, comme Catwoman, QU’EST-CE QU’ILS LUI ONT FOUTU DES TALONS !). Les combos sont plutôt fluides, et on peut élaborer des stratégies sympathiques dans les combats. 

 
Mais surtout, l’un des points très bien pensé des combats, c’est la musique : énergique et énergisante, elle grimpe en intensité, le rythme s’accélère au fur et à mesure du combat, et se brouille quand la santé baisse.

 


Certains boss sont vraiment jouissifs à combattre, parfois avec plusieurs phases de combat et donc autant de stratégies à déployer, redéployer, changer. Mon coup de cœur revient à Madame ¬– pas à sa psychologie hein –, qui même s’il reprend un classique du jeu vidéo (clones, QTE…), retransmet une bonne ambiance, une vivacité… que j’aurais aimé retrouver dans l’ensemble du jeu.