mercredi 19 juillet 2017

Recette pour une virée à vélo le long du Canal du Midi entre Toulouse et Carcassonne (104 km sans compter les détours)

Salutations !

Histoire de maintenir ce blog dans un état acceptable, je vous livre le petit récit du voyage à vélo de Cindy et moi, le long du Canal du Midi !
Au début du mois de juillet, après avoir terminé de repeindre ma chambre, on s'est dit qu'on n'était pas assez fatiguées comme ça, que zut pour nos genoux pourris et le fait qu'on soit pas montées longtemps sur des vélos, on allait faire Toulouse-Carcassonne.


Ingrédients :

De la compote de deux fessiers rembourrés
Quatre genoux en « état correct » réduits en poudre
Un VTT et un VTC
Des sacs à dos (avec du fromage)
Un gâteau aux noix
Une trousse de secours
Un ragondin
Un martin-pêcheur
Une abeille/guêpe
Moult canards
Moult libellules
Deux écureuils
Un lit bien douillet (on n’est pas des brutes)
Pizza et pâtes
Encore du fromage
Deux chevaux, deux chèvres
Des tournesols et encore des canards
49 écluses

Recette :

Étape 0 :

Prenez deux cyclo-débutantes un samedi matin, avec un départ prévu à 9 heures. Réveil à 8 heures, préparation des sandwiches (œufs et fromage, la diététique faite fromage). Première tentative de sangler les sacs sur les porte-bagages à 10 heures. Non, ça ne tient pas avec les sangles. Non plus avec une planche. Combat titanesque contre les tendeurs sans aucune perte de membres ni d’yeux, qui se solde par la domestication desdits tendeurs, qui tiennent les sacs à dos en jolis petits paquets sur les porte-bagages.



Étape 1 : rejoindre le Canal du Midi à l’écluse des Minimes et sortir de Toulouse.

Moment d’extase devant les péniches. Toutes plus belles – ou pas, selon, - les unes que les autres. Au port de Ramonville, moment urbex dans mon petit cœur qui trouve les péniches rouillées magnifiques et mélancoliques. Avis non partagé. Passage dans une pente en cercle taguée autant que faire se peut, avant d’être lancées sur la route.

C’est long de sortir d’une grande ville mine de rien. Si bien que dès la limite passée s’impose un premier arrêt pour récompenser nos efforts : sortir le gâteau aux noix pour reprendre des forces. Dire salut aux corbeaux qui discutent sur un ancien terrain de foot. Allez hop, on reprend, il reste plus de 95 kilomètres à faire.
Après les plaintes de l’estomac (le mien surtout), les plaintes des cuissots (les miens, surtout). Le short choisi pour le trajet n’était pas optimal. Heureusement, idée lumineuse de Cindy : il y a un Décathlon à Escalquens. Détour de quelques kilomètres via des chemins champêtres, aussi charmants (non) que caillouteux (oui). Prier pour ne pas crever dès le début. Dotée d’un short cycliste aussi confortable que rembourré, on est prête à repartir sur la voie large et bien entretenue du Canal (notez ce détail, il a une importance à Avignonet).

Étape 2 : Survivre.

Il ne faut pas attendre longtemps, entre les écluses de Castanet et de Montgiscard, pour que je décide que finalement, les lèvres fines, c’est pas assez sexy, et que je dois me faire belle. Et comble du bonheur, mon projet croise les intentions suicidaires d’une abeille. La petite texture chitineuse m’a cependant convaincue de recracher la pauvre créature (qui est allée crever ailleurs). Sous mes piaillements paniqués et ponctués de « ouïeputainçafaitmalaïeputainouïemerde », Cindy pédale sur son grand cheval blanc, sous le regard un peu embarrassé de deux dames en goguette. Du genre « oh mince, elles ont l’air bizarres, on va les laisser. Elle pleure ? Oh allez c’est pas grave Jeannette, viens, souris, fais comme si de rien n’était, oui bonjouuuur, bonjouuur, allez souris Jeannette. » Et hop, de disparaître avec le sourire sans s’arrêter.

Conclusion, l’abeille a piqué dans la lèvre, qui commence à gonfler. Heureusement, la trousse de secours comporte des antihistaminiques. Mais piqûre en zone sensible oblige (« ouïemerdeputain »), direction la pharmacie visible de l’autre côté du Canal. Fermée le samedi après-midi (ça, c’est la faute à la fixation des sacs à dos). Google nous indique obligeamment qu’à quelques kilomètres, une autre pharmacie pourra nous apporter aide et conseil. Maintenant, Google, toi et moi, on doit discuter de « itinéraire le plus court », « 10 minutes » et « terrain relativement plat ». Parce que j’ai pas le même souvenir. Tout ça pour un joli tube orange d’Apis Melifica (« ouïemerdeputain », « Hé, on dirait les opérations de botox raté ! Au moins, tu n’as pas payé pour ce résultat ! »). Heureusement que Cindy est là, plus efficace en bichonnage qu’une pharmacienne !
Retour sur le Canal à l’écluse d’Ayguevives où on entreprend un premier casse-dalle (OUI, un PREMIER, le gâteau c’était le deuxième petit-déjeuner) à base de pain-fromage. Retour en selle sous une bruine bretonne (comme dans « midi » dans « Canal du Midi »).

Plus tard dans la journée, connaître ses limites, leur dire zut, et pédaler trois fois plus vite quand un chasseur décide de tirer depuis la rive opposée. On sait jamais, s'il avait envie de ramener deux gros lapins avec des chapeaux.

Étape 3 : Ras-le-cul

À un peu plus de la moitié du trajet, vers Gardouch, nous arrivons en vue de la première halte officielle (celle qui devait nous servir de repas de midi) : Villefranche-de-Lauragais. Qui en fait n’est pas sur le Canal, mais à côté. La flemme l’emportant, on continue sans s’arrêter jusqu’à Avignonet-Lauragais. Là, vers 15 ou 16 heures, arrive l’heure de finir le repas embarqué (aka, pain-fromage), d’attraper un Pikachu spécial avec casquette, et de regarder l’itinéraire.
 Et hop, direction le Seuil de Naurouze (point d’équilibrage et de partage des eaux, plus de détails, voir Google, je lui ai pas encore cassé la gueule pour son « relativement plat »). On longe les haies de platanes, c’est mignon, c’est beau, frais, avec une pompe à l’ancienne et… et merde, où est la piste ? Coincées entre deux bras de Canal, l’évidence s’impose : on s’est plantées au dernier pont. Allez, hop, rembobinons, on retourne à l’écluse de l’Océan, pour déboucher sur, non pas la belle voie cyclable, mais… un sentier. Un sentier, avec cailloux option racines. Indice sur l’état de nos extrémités diverses : VTC, ça veut dire « vélo tous chemins », pas « tous terrains ». Et même le VTT renvoyait à sa cavalière des vibrations désagréables dans l’auguste rembourrage.

Consultation de la carte. Où a-t-on merdé ? L’autre côté est-il mieux ? Oui, non, bof, mais hé, regarde, une départementale qui nous fait gagner du temps et qui est en meilleur état !
Et là, soudainement, dès la protection des platanes quittée, la bruine bretonne se transforme en bon gros soleil du Midi (comme dans Canal du Midi), les péniches langoureuses en camions agressifs et le sentier cailloux-racines en doux goudron. On ne peut pas tout avoir.
Après un long tirage de langue d’une heure, enfin, l’étape du soir : Castelnaudary.

Étape 3 : le Repos de la Guerrière

Pire qu’un vieux film français, la réceptionniste nous accueille vingt ans après sa retraite, dure de l’oreille, dure des yeux, dure des pieds, dure d’un peu tout en fait. On obtient notre chambre (dans laquelle nous ne trouvons pas le Sacro-Saint Plateau-de-Thé-et-Bouilloire promis dans l’annonce). Mais là, les forces nous abandonnent : direction la douche, puis le restaurant, où les anchois de Cindy n’étaient pas marinés qu’au sel. Le vinaigre semble mal passer vu les grimaces perplexes.
Petit tour au moulin du coin pour la balade digestive et pour mériter la partie « touriste » dans « cyclotouriste ».
Domaine public (Mcewan)

De retour à l’hôtel, Cindy marche en conquérante sur la réceptionniste (toujours la même), qui ignore s’il lui reste un plateau bouilloire. Elle part s’enfermer en maugréant dans la cuisine. Nous résistons sagement à la tentation de voler les échantillons de Nutella et récupérons notre plateau.
Après confirmation que le Wi-Fi est trop pourri pour envoyer les photos, chacune dans son lit (deux lits deux places, ALORS QU’ON EST COMPLETS MESDAMES, POURQUOI VOUS AVEZ PRIS QUATRE PLACES).
(Heu, parce qu’on savait pas, on n'avait demandé que pour deux ?).

Étape 4 : Quand est-ce qu’on arrive ?

Au petit déjeuner, du fromage ! (et du thé, merci sacro-sainte bouilloire)
Journée passée à se plaindre des fesses, des genoux, des mains (« Hé, regarde, mes doigts bougent tout seuls ! » « Oh, classe ! je ne sens plus ceux de ma main gauche ! ») et attendre que le Canal passe. Arrêt à l’écluse de Bram ou de Béteille pour le casse-croûte (aka, pain-fromage (et des fèves)), puis remise en route.
On a eu la chance de survivre à la rencontre avec un bateau pirate, mais c’était tout juste.

À l’écluse de Villesèquelande, fin de la deuxième bouteille d’eau. Mes yeux de chat potté n’y feront rien, l’éclusière me renvoie 5 kilomètres plus loin pour la remplir. On prend le temps de finir le gâteau avant de repartir.
À l’écluse de Herminis, remplissage de la bouteille d’eau, et petit rafraîchissement à l’ombre de la tonnelle d’un resto-relais. À cinq euros la portion de frites et à 12 kilomètres de Carcassonne.


Et hop, arrivées par magie à Carcassonne. Chercher la gare et la Cité. Voir la Cité au loin. Avoir la flemme. Prendre une photo trophée et se casser manger une glace et bouquiner à la gare. Prendre le train et faire en 1h30 ce qu’on a parcouru en plus de QUINZE HEURES. Sans crevaison toutefois !

(Sinon, ma lèvre va mieux, mais pas mes fesses, elles ont pris la forme de la selle.)


Épilogue

Tendinite pour cause de mauvaise position !